NOUVELLES
20/10/2016 07:06 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Chalutier de migrants naufragé en avril 2015: plus de 800 morts

Toujours plus de morts et des corps qui commencent à parler: l'examen des restes retrouvés après le naufrage d'un chalutier chargé de migrants en avril 2015 dresse un tableau poignant et effarant de la catastrophe, ont révélé jeudi des responsables italiens.

"Comment a-t-il été possible de mettre jusqu'à 900 personnes là-dedans ! Ils ne pouvaient pas arriver vivants", s'est indigné Vittorio Piscitelli, commissaire extraordinaire pour les personnes disparues.

Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, il n'y a eu que 28 survivants au naufrage de ce chalutier de moins de 30 mètres parti de Libye.

Outre 24 victimes inhumées à Malte, la marine italienne a récupéré 219 corps dans et autour de l'épave, dont le renflouement fin juin a été financé par le gouvernement italien à hauteur de 10 millions d'euro.

En voyant arriver le petit chalutier bleu en Sicile, les pompiers avaient estimé qu'il ne pouvait pas contenir plus de 250 corps. Mais ils ont rempli 458 sacs mortuaires dans la cale, la salle des machines et même le puits de la chaîne d'ancre à l'avant, soit plus de 5 par m2.

Et les équipes de médecins-légistes, qui ont examiné pendant plus de trois mois le contenu de ces sacs, sont formels: beaucoup comprenaient les restes de plusieurs personnes. Mais l'analyse des échantillons pour avoir un décompte précis prendra un an, a estimé M. Piscitelli.

Deux des survivants, un Tunisien et un Syrien soupçonnés d'avoir été le capitaine et son second, sont actuellement jugés à Catane (Sicile). Le parquet a requis 18 ans de prison contre le premier et six ans contre le second. Le verdict est attendu le 6 décembre.

Des documents retrouvés dans les poches des morts montrent qu'ils venaient du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d'Ethiopie, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, d'Erythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh. Signe du déchirement que représentent ces migrations, l'un d'entre eux avait avec lui un petit sachet contenant de la terre de son pays.

Les corps sont désormais enterrés dans des cimetières de Sicile, après un relevé minutieux de tous les éléments pouvant aider à leur identification: échantillons ADN, documents, vêtements, tatouages, cicatrices...

Les autorités italiennes cherchent désormais à retrouver les familles. Des contacts sont pris avec la Croix Rouge internationale et avec les ambassades d'Italie dans les pays d'origine et les pays européens où pourraient se trouver des proches.

"C'est une opération unique au monde. Il faudrait un organisme européen de coordination et que chaque Etat se dote d'une base de données pour échanger les informations", a plaidé M. Piscitelli.

Le drame n'a cependant pas dissuadé les passeurs en Libye: début octobre, ils ont encore envoyé un bateau similaire avec un millier de personnes à bord, dont trois ont été retrouvées mortes, étouffées dans la cale.

fcc/ob/glr