NOUVELLES
20/10/2016 08:17 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Brésil: le nouveau gouvernement face à la bombe à retardement Cunha

Sans lui, Michel Temer ne serait pas président du Brésil : arrêté mercredi, Eduardo Cunha, artisan de la destitution de Dilma Rousseff et ancien patron des députés, est une menace pour le gouvernement car il pourrait se livrer à un déballage explosif en échange d'une remise de peine.

"Cunha a un potentiel de destruction très important", confirme à l'AFP Alberto Almeida, directeur de l'institut Analise.

Tout puissant il y a encore quelques mois, Cunha, 58 ans, est tombé mercredi dans les filets du juge Sergio Moro, chargé de l'enquête tentaculaire sur les détournements de fonds au sein de Petrobras, le groupe public pétrolier du Brésil.

Et l'éventualité que ce "Machiavel brésilien", grand connaisseur des arcanes du pouvoir, choisisse de collaborer avec la justice afin d'obtenir une remise de peine doit en inquiéter plus d'un dans les allées du pouvoir.

"Qui à Brasilia sortirait indemne d'une déclaration de Cunha" contre une remise de peine ? se demande le professeur de droit Ivar Hartmann, de la fondation Getulio Vargas.

Il rappelle que le dossier "Lavage Express", qui a dévoilé un vaste réseau de corruption autour de Petrobras pour un préjudice de deux milliards de dollars, a déjà emporté des capitaines d'industrie et cible désormais l'ancien président de gauche du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, 71 ans.

L'ex-ouvrier métallurgiste, qui a quitté le pouvoir avec un taux de popularité de 80%, fait face à plusieurs accusations de corruption passive, blanchiment d'argent, trafic d'influence et tentative d'entrave à la justice.

Ce système bien rodé de marchés surfacturés contre commissions occultes a bénéficié à des dizaines de responsables politiques de divers partis, à des entrepreneurs du BTP et à des directeurs du géant pétrolier.

Eclaboussés par ce scandale, trois ministres de Temer ont dû démissionner.

L'un d'entre eux, Romero Juca, avait remis sa démission après la révélation d'une conversation où il suggérait que l'impeachment de la présidente Rousseff permettrait d'arrêter les investigations sur le géant pétrolier.

La chef de l'Etat a été destituée par le Sénat le 31 août pour maquillage des comptes publics, une accusation sans rapport avec l'enquête sur Petrobras.

- 'Sauver sa peau' -

Michel Temer, 76 ans, et Eduardo Cunha font partie du PMDB, le grand parti centriste arbitre de toutes les majorités de gouvernement depuis 1994.

"Je ne doute pas que si Cunha doit choisir entre préserver la réputation de son parti ou sauver sa peau, il choisira de sauver sa peau", juge Ivar Hartmann.

De fait, en septembre, quand une écrasante majorité de députés avait révoqué son mandat de député, le privant de son immunité, Cunha avait prévenu qu'il préparait un livre sur les coulisses de la destitution de Mme Rousseff, rappelant au passage que 160 législateurs étaient dans le collimateur de la justice.

Si Cunha décide de parler, "la crise peut affecter le noyau dur du gouvernement et cela conduirait à une instabilité politique inévitable", assure l'analyste Marco Antonio Teixeira, de la fondation Getulio Vargas.

Un grand déballage aux conséquences explosives au moment où le Brésil traverse la pire récession en un siècle et que M. Temer, qui se présente comme le sauveur de l'économie, veut amender la Constitution pour geler les dépenses publiques de l'Etat fédéral pendant 20 ans.

D'autant que la légitimité du nouveau président est remise en cause par une partie des Brésiliens, qui lui reprochent de ne pas être arrivé au sommet du pouvoir par les urnes. Son taux de popularité se situe actuellement à 14%.

Depuis Tokyo, où il était en déplacement, M. Temer a tenté de dédramatiser la situation, assurant que "pour l'heure, il ne s'agissait que de spéculations" et que si elles venaient à se concrétiser, "le gouvernement jugerait sur pièces".

csc/js/cd/tup/ka/glr

PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO