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19/10/2016 22:31 EDT | Actualisé 20/10/2017 01:12 EDT

A Mexico, bières et toasts pour le dernier débat Clinton-Trump

A chaque fois qu'Hillary Clinton ou Donald Trump ont prononcé le mot "Mexique" des pintes de bières se sont levées dans le restaurant "Pinche Gringo BBQ" à Mexico.

Environ 200 personnes ont assisté mercredi soir au dernier débat présidentiel dans cet établissement détenu par des propriétaires mexicains et américains, et dont le nom, "Pinche Gringo" est une insulte courante au Mexique à l'encontre des voisins du nord ("Foutus américains").

La clientèle se composait d'expatriés américains et de Mexicains, soulignant le profond intérêt soulevé par l'élection dans ce dernier pays, particulièrement depuis que le milliardaire républicain a usé d'une rhétorique anti-migrants.

"Je l'abhorre. Cet homme n'a aucun respect" disait Juana-Ines Abreu, une retraitée de 77 ans, ancienne directrice de musée, venue assister au débat avec des amis.

"Il est xénophobe. Il est vulgaire. C'est un homme dangereux" ajoutait-elle.

Durant ce "dernier foutu débat présidentiel", comme le qualifiait un écriteau affiché dans le restaurant, les clients étaient conviés à lever leur verre dès que le mot "Mexique" était prononcé.

La candidate démocrate Clinton avait ce soir, clairement plus de soutiens au "Pinche Gringo" que le magnat de l'immobilier.

- "Mauvais 'hombres'" -

Certains dans l'assistance ont ri lorsque parlant d'immigration Trump a employé le mot espagnol pour désigner les "hommes" (hombres): "Nous avons de mauvais 'hombres' ici, et nous allons les faire partir" des Etats-Unis.

Mais l'expression n'a pas fait rire Aline Salazar, une Mexicaine de 31 ans, qui travaille dans la communication.

"Cela nous ramène au même degré d'intolérance et de manque d'ouverture à l'égard des minorités" déplorait-elle.

Les patrons de l'établissement ont sifflé Trump quand il a traité Clinton de menteuse mais ont levé leur verre quand le candidat républicain s'est plaint de voir les emplois américains partir vers le "Mexique".

Clinton a été en revanche applaudie lorsqu'elle a fait remarquer que les immigrants illégaux payaient davantage d'impôts que Trump, qui a reconnu n'en avoir pas payé depuis environ deux décennies.

Dan Defossey, un Américain co-propriétaire de cet établissement où un drapeau américain figure sur un mur, estimait que l'assistance était pour moitié composée d'Américains et de Mexicains.

"Cette élection n'est pas seulement importante pour les Etats-Unis, elle est vitale pour le Mexique également", selon lui, rappelant que le cours du peso avait fluctué au gré des intentions de vote attribuées à Trump. "Les Mexicains sont aussi intéressés que nous", selon le restaurateur.

- Le mur: "Une idée stupide" -

A l'issue du débat, Jorge Mondragon, un graphiste de 32 ans, a dessiné un visage mécontent accompagné d'une phrase en anglais: "Ne laissez pas cet enfoiré devenir président".

Trump est méprisé par beaucoup au Mexique pour avoir traité les migrants mexicains de violeurs et de narcotrafiquants, et promis de faire payer à Mexico la construction d'un mur à la frontière.

Mais beaucoup de Mexicains sont aussi mécontents de l'accueil réservé à Trump par leur président Enrique Pena Nieto, lui reprochant de ne pas avoir condamné ouvertement les propos de campagne du milliardaire lors d'une conférence de presse commune dans la capitale mexicaine.

Jose Manuel Ruiz, un avocat de 25 ans arborant un tee-shirt "Hillary présidente", estimait qu'il était important pour les Mexicains comme lui de regarder le débat parce que "nous avons beaucoup de liens avec les Etats-Unis" du fait de l'immigration et de relations économiques.

Ruiz était intéressé par la discussion sur la Cour suprême - un sujet relevant pourtant de la politique intérieure américaine - mais il avait une opinion claire sur le fameux mur, idée avancée par Donald Trump pour juguler l'immigration clandestine aux Etats-Unis.

"C'est une idée stupide. C'est impossible à réaliser" car la frontière est trop longue et le projet serait trop coûteux, indiquait-il.

Mais Clinton n'était toutefois pas son premier choix. Ruiz aurait préféré voir Bernie Sanders porter la bannière démocrate mais, en comparaison de Trump, "la moins pire c'est Hillary Clinton", concluait-il.

lth/se/rap