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17/10/2016 02:36 EDT | Actualisé 18/10/2017 01:12 EDT

Mossoul, offensive complexe de forces aux intérêts parfois divergents

L'offensive contre Mossoul, le principal bastion de l'organisation Etat islamique (EI) en Irak, est une opération très complexe qui engage à divers degrés l'armée irakienne, des forces étrangères et des factions locales aux intérêts divergents sinon opposés.

La bataille est donc lancée mais personne ne peut prédire combien de temps il faudra à l'armée et la police irakienne pour pénétrer dans la deuxième ville du pays, en chasser les jihadistes qui se fondront sûrement en partie dans la population, et y restaurer durablement leur autorité.

- Lancement retardé -

Le lancement de l'offensive a été plusieurs fois retardé depuis que le Premier ministre Haider al-Abadi a appelé, en mars 2016, ses troupes à libérer la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale. En cause, les dissensions entre les forces en présence mais aussi des querelles politiques à Bagdad au sein du gouvernement et du Parlement.

Avec l'appui essentiellement aérien des forces de la vaste coalition internationale anti-EI emmenée par les Etats-Unis, mais aussi de l'Iran soutenant sur le terrain des paramilitaires, les troupes loyalistes ont progressé pas à pas depuis mars pour se rapprocher de Mossoul, à partir de la base de Makhmour, à 20 km des premières lignes jihadistes. Les peshmergas, forces de sécurité de la région autonome du Kurdistan irakien, progressaient eux au nord de Mossoul.

Momentanément détournées par la reprise à l'EI en juin de Fallouja, deuxième bastion des jihadistes, près de Bagdad, les forces irakiennes ont de nouveau réalisé une percée en juillet en s'emparant de la base aérienne de Qayyarah à une soixantaine de km de Mossoul, un verrou stratégique qui leur sert de base logistique vitale dans l'offensive déclenchée lundi.

- Multitude d'acteurs -

Le nombre d'acteurs impliqués dans la bataille de Mossoul est vertigineux: l'armée irakienne, le redouté service du contre-terrorisme, la police fédérale et locale, les milices chiites dont beaucoup obéissent aux ordres de Téhéran, les peshmergas, la Turquie, les Etats-Unis et les pays de la coalition internationale...

Les quelque 30.000 forces fédérales irakiennes pourront compter sur la couverture des avions de la coalition internationale qui compte au total quelque 7.000 militaires en Irak, dont 4.600 dépêchés par Washington.

Des soldats turcs sont également présents sur une base militaire près de Mossoul et au Kurdistan. Leur présence est un des principaux éléments cités par les experts pour expliquer le retard du lancement de l'offensive: Bagdad exige leur retrait mais la Turquie veut absolument participer à l'offensive, soucieuse de limiter la montée en puissance des Kurdes à sa frontière et de restaurer une certaine influence passée sur la région de Mossoul et ses richesses, qu'elle considère comme son pré carré.

Les peshmergas ont avancé au-delà des frontières de la région autonome du Kurdistan et Ankara s'inquiète aussi de voir les milices chiites pro-Abadi et sous influence iranienne avancer vers Mossoul, majoritairement sunnite.

L'avertissement du Premier ministre irakien lundi en dit long sur ces contentieux: seules l'armée et la police irakienne seront autorisées à entrer dans Mossoul.

- Tactiques -

Comment reprendre Mossoul aux jihadistes ? Dans ses dernières heures, la bataille se réduira certainement à des combats rapprochés rue par rue, face aux 3.500 à 4.000 combattants de l'EI selon les estimations de la coalition internationale, dans une ville qui compte encore 1,5 million d'habitants.

Les forces irakiennes, si elles suivent la même tactique qu'à Tikrit et Ramadi, respectivement reprises en mars 2015 et février 2016, encercleront la ville avant l'assaut final. Les forces d'élite du contre-terrorisme pourraient être de nouveau en première ligne.

Avant de gagner l'épicentre jihadiste, les forces irakiennes devront percer sur plusieurs dizaines de kilomètres le territoire sous contrôle de l'EI.

Les forces anti-EI auront face à eux des jihadistes qui utiliseront probablement des snipers, des voitures piégées et mineront le terrain.

Contre les frappes de la coalition, l'EI pourrait également utiliser la population comme bouclier humain ou des incendies volontaires.

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