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17/10/2016 02:03 EDT | Actualisé 18/10/2017 01:12 EDT

Camp australien de réfugiés offshore: de la "torture", accuse Amnesty

Les migrants refoulés par l'Australie sur Nauru, île reculée du Pacifique, subissent des conditions de détention assimilables à de la "torture" au regard du droit international, a accusé lundi Amnesty International.

L'Australie mène une politique très dure vis-à-vis des migrants, en repoussant systématiquement les bateaux tentant de gagner illégalement ses côtes.

Les migrants qui y parviennent sont relégués pour des durées indéterminées dans des camps de rétention sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle Guinée, ou sur la minuscule île de Nauru.

Même si leur demande d'asile est jugée valide, ils ne sont pas autorisés à s'établir en Australie.

Nauru, où vivent un peu plus de 400 hommes, femmes et enfants, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs en août lorsque le Guardian Australia a obtenu plus de 2.000 rapports sur des abus et actes d'automutilation présumés.

Anna Neistat, directrice de recherche chez l'organisation de défense des droits de l'Homme, explique avoir interviewé plus de 100 personnes -demandeurs d'asile, réfugiés, employés ou ex-employés du camp-- entre juillet et octobre. Ces entretiens "brossent le tableau de personnes en proie au désespoir absolu", dit-elle.

Selon le rapport d'Amnesty, il y a une "épidémie de cas d'automutilations" sur Nauru. La quasi totalité des demandeurs d'asile interviewés ont fait état de problèmes de santé mentale.

Parmi les facteurs explicatifs, des soins médicaux inadéquats, le fait que les enfants soient exposés aux abus et les menaces de certains habitants de Nauru contre les réfugiés, explique AI.

Depuis 2015, les demandeurs d'asile sont libres d'aller et venir sur l'île mais certains d'entre eux ont été victimes d'agressions et de viols, ajoute le rapport.

"Le régime de traitement offshore de l'Australie répond à la définition de la torture en termes de droit international", écrit l'organisation.

L'Australie est accusée en outre de gérer le camp de manière opaque. Seule une poignée de journalistes et de défenseurs des droits, dont Mme Neistat, ont pu y accéder ces dernières années.

Certains réfugiés ont raconté à AI que ce qu'ils vivaient sur Nauru était plus difficile que ce qu'ils avaient fui.

"Je ne peux pas rentrer. Mais ici, je souffre mille morts", dit un Irakien identifié sous le nom d'Edris. "En Irak, c'est une balle ou une bombe et c'est fini. Ici, je me meurs doucement de douleur".

Ali Kharsa, 19 ans, sur Nauru depuis trois ans, raconte à Amnesty: "nous avons fui la Syrie mais Nauru, c'est ce que je vis de plus dur".

Le gouvernement australien n'a pas réagi immédiatement à ce rapport.

Canberra affirme que cette politique radicale sauve des vies en dissuadant les migrants d'entamer le périlleux voyage vers les côtes australiennes.

Le gouvernement de Nauru avait rejeté en août les accusations d'abus, affirmant qu'elles avaient été "montées de toutes pièces".

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