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17/10/2016 06:10 EDT | Actualisé 18/10/2017 01:12 EDT

Afrique du Sud: les Gupta, la famille qui murmure à l'oreille de Zuma

Simple famille à succès ou fratrie contrôlant le président ? En Afrique du Sud, les Gupta et leur proximité avec Jacob Zuma alimentent une controverse en passe de tourner à l'affaire d'Etat.

Leurs origines

Ajay, Atul et Rajesh Gupta, trois frères quadragénaires, ont grandi dans une famille de la classe moyenne de Saharanpur, au nord de l'Inde.

En 1993, un an avant l'élection de Nelson Mandela, le cadet Atul s'envole le premier vers Johannesburg, poussé par son père alors convaincu que l'Afrique du Sud allait devenir "la nouvelle Amérique", comme l'a expliqué un porte-parole de la famille à la BBC.

Il y sera rejoint par ses frères quelques années plus tard, notamment son aîné Ajay qui a suivi des études d'expert-comptable à New Delhi.

La famille Gupta a gardé des attaches dans sa région natale puisqu'Ajay est actuellement en train d'y faire construire un immense temple pour le dieu Shiva, d'une valeur estimée par les médias indiens à 13 millions d'euros.

Leurs intérêts en Afrique du Sud

Si l'Afrique du Sud n'est pas forcément devenue la terre promise imaginée par le patriarche Gupta, les trois frères ont réussi en moins de vingt ans à bâtir un immense empire qui a fait d'eux l'une des familles les plus riches du pays.

En 1994, ils créent Sahara Computers, leur première entreprise de matériel informatique qui emploie aujourd'hui 10.000 personnes.

Ils possèdent également des parts dans plusieurs mines d'uranium, un secteur prometteur dans un pays qui envisage sérieusement de relancer son programme nucléaire.

Dans leur épais portefeuille, les Gupta possèdent également le journal progouvernemental New Age, créé en 2010, et la chaîne d'info en continu ANN7 lancée en 2013.

Leur propriété dans le quartier huppé de Saxonworld à Johannesburg est évaluée à 52 millions de rands (environ 3,3 millions d'euros).

Les polémiques

Incontournables dans le paysage économique sud-africain, les Gupta sont sous le feu des projecteurs pour leurs liens avec le président Zuma.

Ce dernier ne s'est jamais caché de son amitié avec la famille, qu'il a rencontrée au début des années 2000 avant son accession à la magistrature suprême, en 2009.

Son fils Duduzane Zuma dirige d'ailleurs Sahara Computers et fait partie du conseil d'administration de plusieurs mines du groupe.

Ciblée par une enquête de la médiatrice de la République, la famille Gupta est soupçonnée d'avoir utilisé cette relation privilégiée pour imposer à Jacob Zuma la nomination de certains ministres ou obtenir l'attribution de contrats publics.

En mars dernier, le vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas a ainsi affirmé que les Gupta en personne lui avaient proposé de prendre le portefeuille du Trésor.

Quelques mois plus tôt, la présence du ministre des Mines Mosebenzi Zwane à une réunion en Suisse entre la société Tegeta Exploration and Resources, appartenant aux Gupta, et le géant Glencore au sujet du rachat d'une mine de charbon avait déjà suscité des questions sur leur influence au sommet de l'Etat.

Vendredi, le ministre des Finances Pravin Gordhan a en outre dévoilé plus de 70 transactions considérées comme "suspectes" d'entreprises détenues par les Gupta, pour un montant de 6,8 milliards de rands (433 millions d'euros).

Dès 2014, un autre épisode avait valu à la famille les foudres de l'opinion publique.

Rempli d'invités venus assister au mariage d'une nièce de la famille, l'Airbus A330 privé des Gupta avait été autorisé à atterrir sur la base militaire de Waterkloof, près de Pretoria, réservée aux chefs d'Etat et aux manoeuvres militaires.

Les 200 invités avaient échappé à tous les contrôles et même profité d'une escorte policière pour parcourir les 160 km qui les séparaient de Sun City, un luxueux casino où avait lieu le mariage.

En Afrique du Sud, le parti radical de gauche des Combattants pour la liberté économique (EFF) s'est promis de faire tomber les "Zupta" (Zuma+Gupta), qualifiés de "cartel aux tendances mafieuses".

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