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16/10/2016 04:00 EDT | Actualisé 17/10/2017 01:12 EDT

"Pire sans elle!": le chef de la sécurité défend la pacification des favelas de Rio

"Mauvais avec elle mais bien pire sans elle!": le secrétaire démissionnaire à la sécurité publique de l'Etat de Rio, José Mariano Beltrame, affirme que la violence "n'a pas de solution" sans la pacification des favelas.

Dans un entretien à l'AFP vendredi dans la favela Dona Marta, à Botafogo (zone sud et touristique de Rio) - le dernier avant son remplacement lundi par son sous-secrétaire Roberto Sa - M. Beltrame déclare que les Unités de police pacificatrice (UPP, police de proximité) qu'il a créées il y a bientôt dix ans ont été un "gain extraordinaire pour la ville".

"Elles ont sauvé plus de 21.000 vies", assure-t-il, une référence à la chute des homicides dans la période.

Du haut de Dona Marta, où l'on accède par un funiculaire, ce commissaire de 59 ans montre à l'AFP un mur coloré par des graffitis qui dissimulent mal d'innombrables impacts de balles de gros calibre: "C'est là que les trafiquants fusillaient leurs ennemis. La situation est mauvaise mais c'était bien pire sans les UPPs", souligne-t-il.

Mégapole de 6,5 millions d'habitants aux très fortes disparités sociales, Rio est confrontée à une criminalité très élevée, alimentée par des gangs de narcotrafiquants lourdement armés.

"Je compare l''UPP a une anesthésie avant une grande opération. C'est l'entrée de la police (dans les territoires aux mains des trafiquants de drogue depuis 30 ans, NDLR) pour pouvoir permettre l'entrée de la citoyenneté. Mais les pouvoirs publics n'ont pas suivi", explique M. Beltrame.

Dona Marta a été la première favela "pacifiée" en 2008 en vue de rétablir la sécurité dans cette ville avant le Mondial de foot de 2014 et les jeux Olympiques d'août dernier.

Actuellement le commandant de l'UPP de Dona Marta, une petite favela, est une charmante trentenaire, Tatiana Lima, qui rassure les habitants car beaucoup d'entre eux redoutent la violence de la police.

M. Beltrame, membre de la police fédérale et catholique pratiquant, a démissionné mardi au lendemain d'affrontements entre policiers et trafiquants dans la favela Pavao-Pavaozinho-Cantagalo qui surplombe Copacabana et Ipanema et ont semé la panique dans ces quartiers touristiques par excellence: trois délinquants présumés sont morts, et cinq personnes ont été blessées, dont trois policiers.

"Ce qui s'est passé à Pavao Pavaozinho, n'est pas la faute de la police", souligne M. Beltrame qui sans mâcher ses mots critique le pouvoir judiciaire qui relâche parfois de dangereux délinquants.

Il explique que le trafiquant "Samuca" avait été autorisé à sortir de prison par la justice le jour de la fête des mères et n'est pas revenu. Selon les services de renseignements, il voulait "reprendre toutes les UPPs de la zone sud" ce qui s'est soldé par les échanges de tirs à Pavao-Pavoazinho où Samuca a été arrêté, précise-t-il.

- Les UPP ont atteint leur objectif -

M. Beltrame explique à l'AFP que son départ était prévu à la fin des JO et nie avoir jeté l'éponge en raison de la recrudescence de la violence et la grave crise financière que traverse l'Etat et qui menace le maintien des UPP.

Près de 10.000 policiers ont été déployés dans ces territoires mais les narcotrafiquants cherchent à y reprendre le contrôle depuis trois ans quand certaines UPPs ont connu des dérives.

L'un des cas les plus retentissants a été la disparition d'un maçon, Amarildo Dias de Souza, dans la favela Rocinha, en juillet 2013, après une opération policière: cette affaire est devenue symbole de la violence policière.

M. Beltrame rétorque aux critiques que les UPP ont atteint leur objectif: dévoiler les quartiers dominés par le crime organisé "et enjoindre le pouvoir public et la société à s'unir pour sceller la paix".

"La paix ne peut pas se résumer à des actions policières", souligne M. Beltrame qui déplore que le deuxième volet du programme des UPP, qui prévoyait l'entrée des services sociaux (crèches, écoles et dispensaires) "ne soit jamais arrivé".

Il affirme que son successeur poursuivra le programme des UPPs qu'il a planifié lui-même jusqu'en 2018.

Il se dit toutefois "inquiet de la situation économique et politique du pays et celle financière de Rio", mais ne révèle pas ce qu'il envisage de faire maintenant.

cdo/dar