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14/10/2016 02:08 EDT | Actualisé 15/10/2017 01:12 EDT

UE-Canada: la Wallonie en passe de faire capoter le traité Ceta

Le Parlement de la Wallonie, l'une des assemblées législatives de Belgique, va adopter vendredi une résolution qui risque d'empêcher la ratification à l'échelle européenne de l'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada (Ceta), malgré des pressions inédites venues de Paris, Bruxelles ou encore Ottawa.

"Oui à l'approfondissement des échanges commerciaux avec le Canada (...), mais non au texte qu'on nous propose sous cette forme", a lancé en ouverture d'un ultime débat, par moments houleux, devant le Parlement régional à Namur (sud) la député socialiste Olga Zrihen.

"Nous sommes une part du pouvoir européen, nous sommes l'un des sept parlements de Belgique", a ajouté la député au nom de la majorité de centre-gauche qui dirige la Wallonie.

"Vous n'avez pas le sens de l'Etat, vous prenez en otage la Belgique et l'Europe. Comment rester crédibles si nous empêchons les 27 autres pays d'aller de l'avant, de placer l'Europe sur l'échiquier mondial", a répliqué la député libérale Virginie Defrang-Firket.

"Vous allez transformer la Wallonie en Cuba de l'Europe", a lancé M. Defrang-Firket, membre du Mouvement Réformateur (MR), le parti du Premier ministre fédéral Charles Michel, mais qui siège dans l'opposition en Wallonie.

Le chef de la diplomatie belge, le libéral Didier Reynders, avait tenté jeudi de faire fléchir les députés wallons en pointant également le risque que la région de quelque 4 millions d'habitants soit isolés en Europe.

"Seuls les Wallons s'y opposent, les socialistes français et italiens et sociaux-démocrates allemands sont enthousiastes", a relevé le ministre fédéral des Affaires étrangères.

"Cela m'embête pour l'avenir de l'Europe, pourquoi ajouter une crise en plus?", s'est-il interrogé, en soulignant que "le Canada est le pays le plus proche de l'Europe" en matière de normes sociales et environnementales, deux des thèmes qui inquiètent les députés et de larges pans de la société civile (syndicats, ONG...) en Wallonie.

Les Premiers ministres français et canadien ont eux aussi vigoureusement défendu jeudi le traité de libre-échange.

"Si dans une semaine ou deux, l'Europe est incapable de signer une entente commerciale progressiste avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir?", a critiqué Justin Trudeau, appelant à "démystifier" des craintes "générales".

Le moment est venu "pour l'Europe de décider à quoi sert l'Union européenne", a estimé le dirigeant libéral, attendu à Bruxelles le 27 octobre pour signer le Ceta avec les représentant de l'UE.

Le vote du Parlement wallon, qui devrait intervenir à la mi-journée et a été précédé mercredi d'une résolution similaire adoptée par une autre composante de l'Etat fédéral belge, la Communauté française de Belgique, risque d'empêcher la Belgique d'approuver le traité lors d'une réunion ministérielle de l'UE mardi prochain à Luxembourg.

Or, l'accord des 28 Etats membres est indispensable.

La position définitive de la Belgique devrait être connue lundi, lorsque les représentants des différents gouvernements du pays se réuniront.

D'ici là, le chef du gouvernement wallon, le socialiste Paul Magnette, aura rencontré vendredi en fin de journée à l'Elysée le président français François Hollande.

La position des francophones de Belgique risque en outre de tendre à nouveau les relations avec la Flandre, la région néerlandophone du nord du pays, favorable au Ceta et où les revendications d'autonomie pourraient se voir renforcées.

Jeudi, le premier parti de Flandre, la Nouvelle alliance flamande (N-VA, nationaliste), membre de la coalition fédérale, a accusé la "république soviétique de Wallonie" de mettre en péril les intérêt commerciaux de la Flandre.

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