NOUVELLES
14/10/2016 10:23 EDT | Actualisé 15/10/2017 01:12 EDT

Timides avancées vers un règlement de la crise politique bissau-guinéenne

Les protagonistes de la crise politique en Guinée-Bissau ont conclu vendredi une réunion en Guinée voisine, sans parvenir dans l'immédiat à s'entendre sur le point essentiel, le choix d'un Premier ministre, selon le document final de la réunion consulté par l'AFP.

A l'ouverture de ces discussions à huis clos à Conakry le 11 octobre, le président guinéen Alpha Condé avait précisé qu'elles avaient "un triple objectif: la désignation d'un Premier ministre consensuel, la structure d'un gouvernement inclusif et la réintégration des 15 députés exclus" du parti au pouvoir, selon un communiqué.

Les acteurs de la crise politique qui secoue la Guinée-Bissau depuis plus d'un an ont accepté le 10 septembre une proposition en six points présentée par des dirigeants de la région.

Sur le choix du Premier ministre, "trois noms ont été donnés", dont un devrait s'imposer, a précisé Alpha Condé lors de la séance de clôture, sans les révéler.

Selon des sources proches des discussions, le mieux placé est Augusto Olivais, ancien secrétaire permanent du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir).

La Guinée-Bissau traverse des turbulences politiques depuis la destitution en août 2015 par le président José Mario Vaz de son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du PAIGC, auquel tous deux appartiennent.

La réunion s'est conclue vendredi par un nouvel accord qui énonce le principe d'une "procédure consensuelle" pour choisir "un Premier ministre ayant la confiance du président" et devant rester en place jusqu'aux élections législatives de 2018.

Le futur gouvernement sera constitué "selon le principe de la représentation proportionnelle" des partis siégeant à l'Assemblée nationale mais pourra également comprendre des personnalités indépendantes et de la société civile.

L'accord, signé par le gouvernement, le président de l'Assemblée nationale, Cipriano Gassama, et l'ensemble des partis politiques, y compris le groupe des frondeurs du PAIGC, prévoit également "une réintégration effective des 15 députés dissidents".

Le PAIGC conteste la désignation en juin 2016 de Baciro Dja comme Premier ministre. Et ses députés refusent de siéger, empêchant le Parlement de fonctionner.

Les enseignants bissau-guinéens ont entamé le 11 octobre une grève de deux semaines pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaires, dus notamment au retard du vote du budget provoqué par la crise politique.

Selon la Constitution, le choix du Premier ministre revient au parti majoritaire.

Or, le PAIGC ayant perdu sa majorité absolue de 57 sièges sur 102 à la suite de la fronde de 15 députés, M. Vaz veut s'appuyer sur une majorité alternative, constituée des 41 députés du Parti de la rénovation sociale (PRS, opposition), et des 15 frondeurs.

Les tensions à la tête de l'Etat inquiètent d'autant plus la communauté internationale que l'élection de M. Vaz en mai 2014 avait marqué un retour progressif à l'ordre constitutionnel dans cette ex-colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest jusqu'alors en proie à une instabilité chronique, avec des tentatives de coup d'Etat militaires à répétition.

L'instabilité et la pauvreté y ont longtemps facilité l'implantation de narcotrafiquants, sous la protection de hauts responsables de l'armée, comme l'a rappelé la condamnation le 4 octobre par un tribunal américain à quatre ans de prison de l'ex-chef de la Marine "Bubo" Na Tchuto, arrêté en avril 2013 par l'administration antidrogue américaine (DEA).

bm-aye/sst/mrb/jh