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14/10/2016 00:44 EDT | Actualisé 14/10/2017 01:12 EDT

Législatives au Monténégro: duel à distance entre l'Otan et Moscou

L'adhésion à l'OTAN est au centre des législatives de dimanche au Monténégro, nouvel épisode de la lutte d'influence que se livrent Occidentaux et Russes dans les Balkans.

Au pouvoir depuis 25 ans dans la petite république adriatique de 620.000 habitants qu'il a menée à l'indépendance en 2006, Milo Djukanovic a choisi son camp: le Monténégro, qui négocie aussi son adhésion à l'Union européenne depuis 2012, a été invité à rejoindre l'Alliance en décembre 2015.

Cette demande d'adhésion intervient après d'autres décisions qui ont déplu à Moscou: Podgorica a été une des premières capitales à reconnaître l'indépendance du Kosovo en 2008, avant de s'associer en 2014 à la politique de sanctions économiques contre la Russie lors de la crise ukrainienne.

Dénué d'ambiguïté, le choix atlantiste de cette nation majoritairement orthodoxe, vaut à M. Djukanovic d'être considéré comme le bon élève de l'Occident dans les Balkans. Mais Moscou a d'emblée mis en garde contre "les possibles conséquences qu'impliquerait une entrée de Podgorica dans l'Alliance".

Des manifestations violentes avaient eu lieu en 2015 dans les rues de Podgorica, sans toutefois ébranler l'inamovible chef du gouvernement qui refuse un référendum sur la question. Selon les études d'opinion, si l'UE bénéficie du soutien de la majorité des Monténégrins, ce n'est le cas que d'un peu plus d'un tiers de la population pour l'adhésion à l'OTAN.

Le parti démocratique des socialistes (DPS) de Milo Djukanovic devrait encore arriver en tête, mais l'homme fort du Monténégro pourrait cette fois devoir se contenter d'une majorité relative.

Les sondages d'opinion ne sont pas publiés, mais selon les résultats d'une de ces études confidentielles communiqués à l'AFP, le DPS est crédité d'environ 40%. Il devra s'attacher le soutien des partis représentant les minorités croate, albanaise et bosniaque.

- S'associer aux sanctions, un acte 'honteux' -

Le Front démocratique (FD), composante prorusse de l'opposition, "n'est pas un parti, ils sont un outil entre les mains d'une tierce partie", a accusé en fin de campagne le vice-Premier ministre Dusko Markovic. "Le 16 octobre, nous ne combattons pas le Front démocratique, mais les intérêts de la Russie au Monténégro, dans la région et sur la scène globale", a ajouté ce proche de Milo Djukanovic.

S'associer aux sanctions contre Moscou fut "un des actes les plus honteux" de la politique extérieure du pays, rétorque Strahinja Bulajic, un des responsables du FD.

Pour Milo Djukanovic, les Monténégrins doivent choisir entre "diriger le Monténégro vers la société des nations européennes" ou, en suivant l'opposition, faire "un saut en arrière de dix ans".

La politique pro-occidentale de Milo Djukanovic a eu des conséquences. Premiers investisseurs du pays depuis 2006, notamment dans l'immobilier et le secteur crucial du tourisme, les Russes se sont désengagés.

En 2015, les investissements russes ont été quasiment divisés par deux (122,6 millions d'euros en 2014, 68,9 millions d'euros en 2015), avant de s'effondrer encore sur les six premiers mois de 2016 (22 millions d'euros), ce qui place la Russie en quatrième position, selon les chiffres de la banque nationale. Les Russes constituent un tiers des touristes du pays.

Confronté à l'installation dans le pays de médias réputés favorables à Moscou, comme l'Agence Sputnik, Milo Djukanovic, dont le pays négocie son adhésion à l'Union européenne, a appelé l'Occident à adopter "une stratégie plus musclée face à la Russie" qui "oeuvre activement avec les forces anti-OTAN et anti-UE pour renforcer son influence dans la région".

"La Russie veux renforcer ses intérêts dans la région", a concédé dans une interview au journal monténégrin Dan, Hoyt Brian Yee, l'adjoint du secrétaire d'Etat américain pour l'Asie et l'Europe, qui s'est rendu à Podgorica pendant la campagne.

L'opposition accuse Milo Djukanovic d'autoritarisme et de verrouiller le processus électoral, fort de son contrôle de l'appareil d'Etat. Selon l'institut des statistiques, 44.324 personnes, soit un quart des salariés du pays, sont employées dans le secteur public.

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