BIEN-ÊTRE
14/10/2016 05:39 EDT | Actualisé 14/10/2016 07:48 EDT

Rencontre avec Deborah Cherenfant, la créatrice derrière Coloré Design

C'est dans son atelier du Mile-Ex, celui dans lequel elle trouve l'inspiration, que nous sommes allés à la rencontre de Deborah Cherenfant, récipiendaire du Prix Femmes de mérite - catégorie entrepreneuriat. Décerné par la Fondation Y des femmes, la designer a reçu son prix fin septembre pour la gestion de son entreprise d'accessoires de mode, Coloré Design. Zoom sur cette jeune créatrice qui fait sa place dans le milieu de la mode montréalaise.

D'origine haïtienne, Deborah Cherenfant, 31 ans, est arrivée au Québec en 2005 afin d'étudier l'entrepreneuriat. Elle suit un certificat en économie à l'UQAM avant d'intégrer HEC. L'objectif à l'époque: retourner en Haïti pour construire un hôtel. Mais elle tombe amoureuse de Montréal et rencontre son conjoint, des décisions qui la poussent à repousser ce projet. «Pour ses 45 ans peut-être», ironise-t-elle. En attendant, Deborah devient conseillère en démarrage d'entreprise et débute le blogue Mots d'Elles, dédié aux femmes entrepreneures, et à la mise en avant de l'ambition au féminin.

La couture en hommage à sa grand-mère

Petit à petit la vie d'expatriée la rattrape, et elle s'ennuie de sa grand-mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Cette ancienne couturière a marqué la vie de Deborah et de ses deux soeurs.

«Jusqu'à mes 12 ans, je portais des vêtements faits par ma grand-mère. J'ai grandi autour de patrons, de machines à coudre», se souvient-elle. Comme un hommage, elle décide d'apprendre à coudre avec l'aide de sa mère qui lui rend visite régulièrement. «En vivant loin, j'avais besoin de retrouver ça. Personne n'avait repris ce métier-là. Je voulais valoriser ce métier qu'elle a tant aimé».

Mais elle se rend vite compte qu'elle préfère développer l'aspect relatif à sa marque, et laisser des professionnels s'occuper de la production. C'est comme cela que Deborah commence à engager des couturières. «Dès le début, je savais que je voulais travailler avec des femmes, mais pas exclusivement. J'avais de la difficulté à trouver de la main-d'oeuvre à Montréal. Parmi les candidates, il y avait beaucoup de femmes immigrantes qui avaient travaillé dans des manufactures et qui avaient l'expertise que je recherchais».

C'est comme ça, à la suite d'un hasard, que la designer et chef d'entreprise commence à travailler avec des femmes immigrantes. Toutes avec un profil différent, tant au niveau de l'âge que des origines. «Il y avait au début une étudiante qui avait fait les Beaux-Arts à Paris, des mères de famille. Ce phénomène [de travailler avec des femmes immigrantes] s'est imposé à moi, et c'est devenu une valeur sociale de l'entreprise, explique Deborah, surtout dans le contexte actuel où on se pose des questions sur l'intégration des nouveaux arrivants sur le marché de l'emploi».

Les préjugés face au wax

Avec ses couturières, elle travaille en particulier une matière qui la faisait «triper» dès le lancement de Coloré Design en 2012, le wax, un tissu très coloré africain. À l'époque, Deborah n'avait jamais mis les pieds en Afrique. C'est son conjoint, originaire du Bénin, qui l'aide à comprendre la symbolique qui se cache derrière les motifs et les couleurs de ces tissus traditionnels. Elle décide de travailler avec des modèles aux motifs plus anciens et moins criards, plus faciles à marier avec des tenues occidentales.

Dans le processus de commercialisation, la designer se heurte rapidement à un souci: les préjugés entourant ce tissu.

«En 2012, les gens voyaient ce tissu comme cheap. Ils le trouvaient au village lors de voyages humanitaires, c'est le genre de tissu qu'on utilise pour recouvrir son sofa. Il fallait changer l'image du wax».

Aujourd'hui, Deborah observe de plus en plus de créateurs québécois utilisant le wax dans leur création. Une concurrence stimulante qui la pousse à continuer.

Des couturières atteintes du VIH

Quant à Haïti, Deborah ne l'a pas oublié. Encore plus après l'ouragan dévastateur Matthew. Inspirée par sa mère qui accompagne des personnes atteintes du VIH, elle travaille avec l'association AFRAVIH afin de créer à Port-au-Prince un atelier composé de couturières porteuses du virus. Le projet pilote devrait être lancé dès le printemps 2017. Les couturières s'occuperaient de la production de Coloré Design, mais aussi d'autres clients internationaux.

Face à ce projet d'insertion professionnelle, l'entrepreneure est confrontée à la peur, aux préjugés relatifs à la transmission du VIH. «Il y a un gros travail de communication à faire, un travail d'éducation. C'est un défi. Mais je trouverais dommage d'arrêter ce projet pour la même raison pour laquelle ces femmes ne trouvent pas d'emploi, à cause des préjugés».

En attendant que l'atelier prenne forme, Deborah donne des conférences et formations sur l'ambition, et la marque personnelle. Elle travaille parfois avec des adolescentes pour leur apprendre à se méfier du syndrome de l'imposteur. Un syndrome dont elle souffre aussi parfois, mais contre lequel elle se bat à coups de listes de réalisation. Et elle nous donne une belle leçon de motivation personnelle.

Découvrez quelques items de la marque Coloré Design dans la galerie ci-dessous:

Galerie photo Coloré Design, les créations de Deborah Cherenfant Voyez les images