POLITIQUE
10/10/2016 04:45 EDT | Actualisé 10/10/2016 04:52 EDT

«Trudeau ne tient pas ses promesses», disent les Autochtones

Radio-Canada.ca

Le gouvernement Trudeau a multiplié les promesses à l'égard des Premières Nations en campagne électorale, mais après un an de mandat, a-t-il tenu ses engagements? Pour plusieurs groupes autochtones, les libéraux ne sont pas encore passés de la parole aux actes. Ils organisent aujourd'hui des manifestations un peu partout au pays pour exprimer leur mécontentement.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

En campagne électorale, Justin Trudeau a rallié nombre d'Autochtones, un électorat généralement en retrait, en s'engageant à investir des milliards pour garantir aux Premières Nations un meilleur accès à une éducation de qualité, de nouvelles usines de traitement d'eau et des logements.

Un an plus tard, il a donné le feu vert à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mais a fait volte-face sur d'autres promesses. C'est pourquoi une coalition de groupes autochtones, dont Idle No More et Defenders of the Land, manifestent dans plusieurs grandes villes canadiennes, dont à la place Yonge-Dundas, à Toronto.

Déclaration de l'ONU

La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a promis d'inclure la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans les lois canadiennes, mais est rapidement revenue sur sa décision. Le Canada s'est contenté de signer la déclaration, mais sans modifier ses lois.

La ministre de la Justice prétendant que ce n'est pas réaliste, le Canada s'est contenté d'y adhérer, sans s'engager à changer les choses.

Russell Diabo, Autochtone et membre du groupe Defenders of the Land

La déclaration obligerait le gouvernement à consulter les Autochtones avant d'établir des politiques qui les affectent, comme en ce qui a trait à l'exploitation de ressources naturelles. « Les libéraux ont approuvé la construction du barrage C et du terminal Petronas en Colombie-Britannique sans nous consulter et au détriment de nos habitats naturels », explique Russell Diabo.

Investissements majeurs

Le gouvernement fédéral a promis dans son budget d'investir 8,4 milliards de dollars sur cinq ans pour améliorer les conditions de vie des peuples autochtones, notamment l'éducation. Pourtant, l'investissement est fortement concentré en fin de période : 25 % des fonds seront octroyés en 2020-2021, soit un an après la prochaine élection fédérale.

Du côté des Autochtones, on dit qu'on n'en voit pas encore 1 % de cet argent-là. Et donc on se demande : est-ce que c'est vrai tout ce qu'on nous dit?

Sébastien Grammond, professeur de droit autochtone à l'Université d'Ottawa

Protection de la jeunesse

En janvier, le Tribunal canadien des droits de la personne a jugé que le financement des services de protection de la jeunesse est inadéquat et discriminatoire envers les Autochtones. Conséquence : une plus grande proportion d'enfants autochtones sont placés en familles d'accueil. Mais depuis, le gouvernement évite le sujet et n'a pas annoncé si le programme sera réformé ou non.

Selon Sébastien Grammond, les libéraux ont promis des investissements, mais on ne les voit pas encore sur le terrain. « On ne sait pas non plus si les administrateurs autochtones auront plus de latitude pour adapter les programmes à la réalité autochtone. C'est la même attitude qui existait sous l'ancien gouvernement et qu'on continue à avoir, mais avec de beaux discours. »

Environnement

Les libéraux ont décidé de conserver pour l'instant les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) établies par l'ancien gouvernement Harper, qu'ils ont pourtant jugées trop peu ambitieuses par le passé.

Au printemps 2015, Stephen Harper s'était engagé à réduire de 30 % les émissions de GES d'ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

« Le gouvernement n'a pas non plus de plan pour réaliser l'engagement qu'il a pris à Paris de contenir le réchauffement sous le seuil de 2 degrés » explique Russell Diabo. Son groupe souhaite aussi que Justin Trudeau s'engage à bloquer les projets de pipelines, dont celui d'Énergie Est.

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