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06/10/2016 01:36 EDT | Actualisé 07/10/2017 01:12 EDT

Un nouveau corps de gardes-frontières muscle la politique migratoire européenne

L'Union européenne a mis en oeuvre jeudi un nouveau corps européen de gardes-frontières pour mieux se protéger et offrir une image d'unité sur la question migratoire toujours aiguë, un an après un afflux inédit de demandeurs d'asile.

Les dirigeants européens ont symboliquement inauguré cette nouvelle force, qui remodèle l'agence Frontex, à la frontière entre Bulgarie et Turquie, principal point d'entrée terrestre des migrants lorsqu'ils contournent la périlleuse voie maritime via la Méditerranée.

L'Agence européenne de gardes-côtes et gardes-frontières (EBCG) aura notamment pour mission d'assister les pays situés en première ligne des arrivées de migrants, en cas d'afflux massif de candidats à l'asile. Cette structure n'aura pas de gardes-frontières propres mais pourra faire appel rapidement à une réserve de 1.500 hommes désignés par les Etats membres.

Avec plus de 850.000 arrivées par la mer en 2015, la Grèce avait connu des mois de détresse sur ses îles à quelques encablures de la Turquie, où des milliers de personnes fuyant les conflits et la misère au Moyen-Orient et en Asie débarquaient chaque jour.

Les pays de l'UE avaient semblé incapables d'apporter une réponse rapide et coordonnée à cette crise inédite.

"La nouvelle agence est plus forte et mieux équipée pour faire face aux migrations et au défi sécuritaire", a assuré jeudi Fabrice Leggeri qui dirigeait Frontex et prend la tête de la nouvelle structure.

Au poste-frontière bulgare de Kapitan-Andreevo, où s'est déroulée l'inauguration, le Commissaire européen Dimitris Avramopoulos a salué "un jour historique" et un "symbole d'unité" pour les 28 membres qui démontrent "leur responsabilité collective dans la gestion de leur frontière extérieure commune".

- Sauver Schengen -

Bruxelles insiste sur ce message de cohésion et de solidarité alors que la politique migratoire a creusé les divisions entre Etats membres, dressant notamment plusieurs pays d'Europe orientale et d'Europe centrale contre l'Allemagne taxée de politique de la "porte ouverte".

La crise migratoire a donné des ailes à plusieurs mouvements populistes au sein de l'UE. Le renforcement de la surveillance des frontières extérieures est l'un des rares points d'accord sur ce sujet au sein de l'Union.

La mise sur pied de la nouvelle agence a été menée au pas de charge, en quelques mois, une façon d'atténuer les critiques sur l'immobilisme européen.

Durant cette période, le pacte scellé par l'UE avec Ankara en mars et la fermeture des frontières initiée par les pays situés sur l'itinéraire migratoire des Balkans a fait chuter les arrivées sur les îles grecques.

Les inquiétudes portent désormais davantage sur l'Italie, soumise à une forte pression de candidats à l'asile embarquant depuis les côtes libyennes. Plus de 10.000 migrants ont été secourus ces derniers jours en Méditerranée et au moins 49 personnes sont mortes.

La nouvelle agence "n'est pas un remède miracle qui peut régler la crise migratoire", avait reconnu en juin un député européen, négociateur du dossier, "mais c'est un premier pas indispensable".

L'agence aidera aussi aux retours volontaires des migrants et vise à permettre un retour progressif à la libre circulation dans l'espace Schengen, un des piliers de l'UE.

Plusieurs pays dont l'Allemagne, l'Autriche ou la Suède, ont rétabli provisoirement des contrôles aux frontières intérieures pour faire face aux franchissements illégaux.

La Bulgarie, notamment, subit les conséquences de ces verrouillages en cascade: quelque 10.000 migrants s'y trouvent bloqués. Ils sont environ 60.000 en Grèce tandis que 140.000 personnes ont traversé la Méditerranée vers l'Italie cette année.

La ministre de l'Intérieur bulgare Rumiana Bachvarova a décrit jeudi son pays, le plus pauvre de l'UE, "en première ligne" de la crise migratoire et "sous pression constante", souhaitant que la nouvelle agence européenne aide à "partager la charge entre tous les Etats membres"

Sofia est en train de prolonger une haute clôture barbelée destinée à couvrir la plus grande partie des 259 kilomètres de frontière avec la Turquie. Le flux migratoire y est en baisse de 20% à 30% par rapport à 2015, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

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