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06/10/2016 10:22 EDT | Actualisé 06/10/2016 10:24 EDT

Obama s'en va, le conflit afghan demeure

Quinze ans après les attentats du 11-septembre, le constat est implacable: l'Amérique n'est pas en mesure, comme Barack Obama s'y était engagé, de tourner la page de son engagement militaire en Afghanistan.

Le 7 octobre 2001, les Etats-Unis lançaient une vaste offensive militaire pour déloger le régime taliban au pouvoir à Kaboul. Une décennie et demie plus tard, une insurrection déstabilisatrice secoue plus que jamais le très fragile édifice démocratique.

Le conflit, qui suscite une forme de lassitude aux Etats-Unis, est totalement absent de la campagne présidentielle où, sur le front international, la lutte contre le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie, accapare les esprits.

"Je ne soutiens pas l'idée d'une guerre sans fin", lançait le président américain il y a un an en annonçant qu'il renonçait au retrait total des troupes américaines fin 2016.

Le 20 janvier, pourtant, il quittera le Bureau ovale sans feuille de route ou calendrier et laissera à son successeur, Hillary Clinton ou Donald Trump, le soin de mettre un terme à une guerre engagée par son prédécesseur, George W. Bush.

Lancinantes questions

Avec de lancinantes questions toujours sans réponses: quand le pouvoir afghan, miné par les divisions et la corruption, aura-t-il les reins assez solides ? Les forces de sécurité pourront-elles un jour s'affranchir de l'aide américaine ? Comment mettre un terme au jeu trouble du Pakistan, qui sert de facto de base arrière aux talibans ?

Bien sûr, la donne a évolué. La fin des opérations de combat des forces américaines a été officiellement annoncée en 2014. L'armée américaine, qui a compté jusqu'à 100.000 hommes en Afghanistan, en comptera un peu moins de 9.000 début 2017.

Mais Barack Obama, qui voulait mener à son terme cette guerre "légitime", contrairement à celle d'Irak à laquelle il s'était opposé comme sénateur, n'a pu tenir sa promesse.

"Il n'y a clairement pas de sortie de la guerre à ce stade", souligne Vanda Felbab-Brown, chercheuse à la Brookings Institution. "Il y un consensus selon lequel nous ne devons pas nous retirer, nous devons rester impliqués économiquement, politiquement et militairement".

Et un énorme point d'interrogation demeure sur ce à quoi l'engagement américain pourrait ressembler à moyen terme.

-'Ne pas avoir à y retourner' -La communauté internationale vient de promettre à Kaboul 13,6 milliards d'euros d'aide (2017-2020) pour encourager une "Décennie de transformation" qui, au-delà d'une formule séduisante, peine à se matérialiser.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a une nouvelle fois pressé les insurgés de sceller une paix "honorable" avec les autorités de Kaboul. Sans véritable espoir.

La ville de Kunduz, dans le nord du pays, est le théâtre depuis plusieurs jours d'une nouvelle démonstration de force des talibans, qui en avaient déjà brièvement pris le contrôle en septembre 2015.

Une inflexion récente, cependant, est à relever. En mai, un drone américain a tué, en territoire pakistanais, le mollah Akhtar Mansour, chef des talibans afghans, dans ce qui fut la plus importante incursion américaine dans l'espace aérien pakistanais depuis le raid contre le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden en 2011.

A Washington, la frustration vis-à-vis du Pakistan est énorme. Au risque de provoquer une nouvelle fois l'ire pakistanaise, d'autres frappes du même type pourraient être menées.

Pour Vanda Felbab-Brown, l'une des principales erreurs de M. Obama fut de poser trop rapidement, et trop explicitement, un calendrier de retrait, "des échéances sur lesquels les talibans ont pu capitaliser".

"Les Etats-Unis auraient dû mettre plus l'accent, plus tôt, sur la corruption et les abus du pouvoir", estime-t-elle, jugeant que le pouvoir à Kaboul s'est trop souvent réfugié derrière les accusations de double-jeu visant le Pakistan pour dissimuler ses propres manquements.

"Le Pakistan est un énorme problème, c'est indéniable, mais le coeur du problème c'est l'Afghanistan lui-même", ajoute-t-elle, dénonçant l'avalanche de décisions politiques tournées "vers les gains personnels au détriment de l'intérêt national".

Au fil des ajustements successifs des échéances, au nom d'un principe de réalité, M. Obama a mis en avant sa volonté de laisser derrière lui des forces de sécurité afghanes robustes afin de "ne pas avoir à retourner" sur place.

Pour l'heure, aucun départ n'est à l'ordre du jour.

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