DIVERTISSEMENT
06/10/2016 03:09 EDT

Marie-Chantal Perron, entre l'ombre et la lumière (ENTREVUE)

François Laplante Delagrave

Mélange de rigidité, d’autorité et de mauvaise foi, l’IPL Madeleine Péloquin est aux yeux de nombreux téléspectateurs le nouveau personnage détestable d’Unité 9. Son interprète, Marie-Chantal Perron, puise en elle une part d’ombre qu’elle a peu mise à profit au cours de sa carrière, elle qui a fait sa marque en jouant des femmes douces et lumineuses. Un peu comme celle qu’elle défendra au Rideau Vert dans l’adaptation théâtrale du méga succès littéraire, La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt.

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, l’agente Tessier ne laisse personne indifférent. Les amateurs d’Unité 9 ne se gênent d’ailleurs pas pour le faire comprendre à la comédienne qui lui prête ses traits.

«Des fois, je me serais fait tirer au dépanneur par des gens qui la déteste! Mais les téléspectateurs n’aiment pas m’haïr. Ça fait 30 ans que je fais le métier et ils sont habitués à ce que je joue des rôles sollicitant la gentillesse, l’empathie et la compassion. C’est ça la splendeur de ma profession. Les créateurs de la série ont eu l’audace d’aller chercher quelqu’un qu’on n’imaginerait pas pour jouer Madeleine.»

L’actrice se garde bien de juger son personnage. «Je peux la regarder aller par contre… L’an passé, avec Kim Vanier (Élise Guilbault), Madeleine est allée trop loin pour moi. Elle est très investie, ce qui est autant une grande qualité qu’un piège pour elle.»

Femme de justice sans zone grise, l’IPL expérimentée suit la marche à suivre et ne supporte pas l’insubordination. «Elle respecte davantage les mères ou les religieuses, qui ont du respect pour l’autorité.»

Elle perd cependant ses repères en réalisant que sa fille Josée doute de son comportement. «Madeleine est démunie. Elle ne manque pas d’humanité, mais elle a toujours eu le réflexe de se réfugier dans ses analyses pour avancer dans la vie. Et là, elle est rendue à bout émotivement. Elle va devoir adapter sa vision des choses. On va la suivre dans son évolution.»

Pour l’instant, le public connait surtout le visage fermé et peu sympathique de l’agente Tessier. «Quand je suis sur le plateau, je ferme mon breaker, je joue et je rouvre mon breaker ensuite », lance l’énergique comédienne.

«Petite boule d’amour»

Dès la semaine prochaine, elle délaissera l’énergie sombre de l’agente Tessier pour jouer Jocelyne, la femme au cœur de La liste de mes envies, le roman qui a chaviré les cœurs aux quatre coins de la francophonie.

Une histoire qui s’est rendue jusqu’à elle lorsqu’elle a croisé son auteur, Grégoire Delacourt, sur le plateau de Tout le monde en parle en 2013. «On a beaucoup rigolé ce soir-là. Il me faisait tellement les yeux doux! J’étais rouge comme une tomate!»

Peu après l’émission, une correspondance est née entre les deux continents. Et des mois plus tard, alors qu’elle lisait un courriel de l’écrivain, la comédienne a réalisé qu’elle n’avait jamais lu le fameux livre.

«Ce jour-là, je l’ai lu d’une traite! J’ai vu que son personnage avait 47 ans, comme moi, qu’elle était passionnée de couture, comme moi, et qu’elle était dans une quête de vérité, d’équilibre et de bonté. Il fallait faire ça sur scène.»

Apprenant qu’une adaptation théâtrale du roman avait été faite en France, mais réalisant bien vite qu’elle ne lui convenait pas, Perron a contacté la talentueuse Maryse Warda pour signer l’adaptation québécoise.

On y suit Jocelyne, propriétaire d’un atelier de couture, fidèle en amour et en amitié, qui ne vit pas nécessairement la vie qu’elle voudrait, mais qui se réconforte avec ses petits bonheurs.

Le jour où elle apprend qu’elle a remporté 18 millions de dollars, elle hésite à encaisser le chèque, ne sachant plus si elle veut réellement changer son quotidien.

«C’est un questionnement très touchant. Dans une situation comme celle-là, il faut se demander ce qu’on garderait dans notre vie, si on est prêt à être connu des autres comme étant riche et si certaines petites choses fragiles de la vie peuvent survivent à ce genre d’événement. Les gens pensent souvent que s’ils avaient plus d’argent, ils feraient tellement d’affaires. Mais des fois, on réalise que la réalisation de soi est à mille lieues de ce qu’on a dans notre compte en banque.»

Galerie photo Marie-Chantal Perron Voyez les images

Certains critiques littéraires ont reproché au roman d’avoir une thématique simpliste : l’argent ne fait pas le bonheur. Une position que ne partage pas du tout la comédienne.

«Ça me faire rire d’entendre que l’histoire est simplette, parce que l’univers au complet tourne autour de l’argent : en politique, dans nos familles et dans la religion. Au Québec, la population ressent encore un profond malaise avec l’argent et la richesse. Notre rapport à l’argent est encore croche.»

Évidemment, la pièce ne dit pas que l’argent, c’est mal. «On ne fait pas la morale. On se questionne sur la vraie réalisation de l’être humain. C’est beaucoup plus profond qu’on le croit.»

La liste de mes envies parle aussi de la vie qu’on aimerait mener, de ce qu’on fait pour la transformer, de ce qu’on est prêt à accepter et des souffrances qu’on arrive à surmonter. Comme celle que Jocelyne ressentira en étant trahie par son mari.

«Elle est trahie par l’homme de sa vie et il trahit la femme de sa vie, mais sans être plus heureux… Après ça, on se retrouve où? On vit comment? La pièce explore beaucoup le thème de la résilience. C’est l’histoire d’un beau grand gâchis et de la façon se relever.»

Une production mise en scène par Marie-Thérèse Fortin, avec Steve Laplante, Anick Lemay, Tammy Verge et Marc Legault. «C’était hyper important pour nous de ne pas faire la lecture d’un livre sur scène. On voulait en faire une pièce qui bouge, avec de la vie et de l’émotion!»

La pièce sera présentée au Rideau Vert du 11 octobre au 12 novembre 2016, avant de partir en tournée à travers le Québec. Cliquez ici pour plus de détails.