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06/10/2016 07:25 EDT | Actualisé 07/10/2017 01:12 EDT

L'économie mondiale déstabilisée par la vague protectionniste

La poussée protectionniste aux Etats-Unis et en Europe inquiète les grands dirigeants économiques du globe autant qu'elle les contraint à un délicat exercice d'équilibriste: continuer à défendre le libre-échange tout en admettant les failles de la mondialisation.

A un mois d'une élection présidentielle américaine indécise, l'assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) s'est ouverte jeudi à Washington sur une mise en garde: tourner le dos au commerce mondial ne fera qu'aggraver les maux d'une économie planétaire déjà en berne.

"Nous savons que la mondialisation a fonctionné, et qu'elle a considérablement profité à de nombreuses personnes", a affirmé la patronne du FMI Christine Lagarde, en ouverture de ce grand raout économique.

"Nous ne pensons pas que ce soit le moment d'aller contre (elle)", a-t-elle ajouté, appelant en parallèle les Etats à passer enfin "à l'action" pour soutenir une activité mondiale en décélération.

Les grandes puissances du G20, qui se réunissent jusqu'à vendredi dans la capitale américaine, devraient sans surprise marteler le même message. Mais le contexte ne leur est guère favorable.

Aux Etats-Unis, pourtant grands promoteurs de la libéralisation des échanges, le candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump séduit les foules en promettant une guerre commerciale avec la Chine, accusée de faire stagner les salaires américains, et l'imposition de représailles douanières contre le Mexique.

De l'autre côté de l'Atlantique, le vote britannique en faveur du Brexit menace d'inspirer d'autres pays et de faire reculer l'intégration économique en Europe sur fond d'emplois en berne. Le traité de libre-échange en discussion avec les Etats-Unis, le fameux TTIP, rencontre par ailleurs une forte résistance sur le Vieux Continent.

- Sourde oreille -

Après des années à faire la sourde oreille, le gotha économique mondial se trouve désormais contraint et forcé de s'adapter à cette montée en puissance et de reconnaître que la mondialisation a eu ses failles.

La mondialisation "doit être légèrement différente, cela ne peut pas se résumer à la promotion du commerce international telle qu'on l'a vu dans l'histoire", a ainsi déclaré Mme Lagarde, appelant à se pencher davantage sur ceux "qui risquent d'être laissés sur le bord du chemin".

Son homologue de la Banque mondiale Jim Yong Kim a, lui, reconnu que les inégalités étaient encore "trop fortes". "Nous devons faire en sorte que la croissance soit plus équitable", a-t-il ajouté, reléguant à l'arrière-plan les inquiétudes sur la solidité de la Deutsche Bank ou sur la flambée de la dette privée en Chine.

Les Etats-Unis eux-mêmes ont reconnu que la libéralisation de l'économie mondiale avait fait naître un sentiment de "peur", selon l'expression de leur secrétaire au Trésor Jack Lew.

Il y a, selon lui, la crainte que la croissance "ne profite pas aux gens là où ils vivent, les ouvriers, ceux qui se soucient de donner des opportunités à leurs enfants", a-t-il indiqué jeudi.

Cet examen de conscience collectif doit être suivi d'actions, a exhorté l'organisation de lutte contre la pauvreté Oxfam.

"La colère contre les élites à travers le globe est un symptôme d'une fureur généralisée contre une économie qui bénéficie aux 1% (des plus riches). Nous devons avoir une économie qui fonctionne pour les autres 99%", a déclaré Max Lawson, un cadre de l'organisation.

La montée du protectionnisme est le signe d'une "grande méfiance vis-à-vis des élites financières", a, de son côté, affirmé à l'AFP Paulo Nogueira Batista, le vice-président de la banque de développement créée par les grands pays émergents des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Rééquilibrer et relancer la croissance en même temps: le défi n'est pas mince au moment où les politiques monétaires ultra-accomodantes des grandes banques centrales semblent avoir atteint leur limite et où la plupart des Etats ne peuvent se permettre de plans de relance.

L'Allemagne, avec ses excédents commerciaux et budgétaires, doit en faire plus, a pointé Mme Lagarde, en appelant les 189 Etats membres à investir dans l'éducation et les infrastructures et, surtout à ne pas céder au défaitisme.

"Il y a plus d'options disponibles que ce que l'on pourrait croire en apparence", a-t-elle assuré.

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