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05/10/2016 20:41 EDT | Actualisé 06/10/2017 01:12 EDT

En Thaïlande, un massacre étudiant érigé en symbole de la lutte pour la démocratie

Des moines bouddhistes ont mené jeudi une cérémonie d'hommage aux dizaines d'étudiants tués il y a 40 ans jour pour jour sur un campus de Bangkok, devenu un symbole pour les opposants d'aujourd'hui à la junte au pouvoir.

"Nous nous réunissons pour montrer que nous ne sommes pas ceux qui ont détruit le pays. Nous sommes ceux qui veulent créer une société juste", a déclaré en marge de la cérémonie à l'AFP Prommin Lertsuridej, un survivant du massacre du 6 octobre 1976.

Ce jour-là, les forces de l'ordre, épaulées par deux milices ultra-royalistes, investissaient le campus, battant à mort, pendant aux arbres, violant ou brûlant vifs des étudiants, comme en attestent les photos d'archives, largement partagées aujourd'hui sur les réseaux sociaux.

Officiellement, 46 personnes ont été tuées. Un chiffre contesté par les survivants estimant qu'il y aurait eu plus de 100 morts.

Jusqu'ici aucune enquête indépendante n'a été menée pour établir les responsabilités du pouvoir de l'époque, notamment du palais, la question de la participation de milices ultra-royalistes étant taboue.

Et jeudi, aucun responsable du gouvernement militaire n'a commenté l'événement, et encore moins évoqué la responsabilité des militaires de l'époque.

"Il y a eu une tentative de beaucoup de gens, des gouvernements et des dirigeants, d'oublier l'Histoire", déplore Sirawith Seritiwat, étudiant de 24 ans ayant participé à la cérémonie devant le mémorial érigé au coeur du campus de Thammasat.

"Ils veulent que la réalité reste cachée", a-t-il ajouté après la cérémonie où les meneurs étudiants d'aujourd'hui ont fait profil bas, laissant la parole aux survivants du massacre.

Mais ils devaient organiser jeudi soir, sur le campus de l'université Chulalongkorn, concurrente de Thammasat, un débat sur le thème des "quarante ans du 6 octobre: la commémoration de la jeune génération".

- Opposant hongkongais par visioconférence -

A ce débat devrait participer, par visioconférence, l'important meneur étudiant de Hong Kong, Joshua Wong, expulsé la veille par Bangkok alors qu'il devait prendre la parole à Chulalongkorn.

Et le massacre, dit du "6 octobre" en Thaïlande, était largement commenté sur les réseaux sociaux, mais aussi les médias traditionnels jeudi.

"C'est triste de voir que 40 ans se sont écoulés, mais que le même cycle se poursuit", avec alternance de périodes démocratiques et de régime militaire, commentait ainsi un internaute sur la page Facebook intitulée "6 octobre 1976, nous n'oublierons pas".

Ce évènement, qui est "une des pages les plus sombres de la politique thaïlandaise est désormais plus ouvertement abordé", estime l'écrivain Kritsada Supawattanakul, dans un commentaire publié par le Bangkok Post jeudi, évoquant le rôle important des réseaux sociaux, rare espace de liberté dans un pays où les manifestations à caractère politique sont interdites par les militaires au pouvoir.

Les étudiants de 1976 protestaient contre le retour de Thanom Kittikachorn, un dictateur issu de l'armée contraint à l'exil trois ans plus tôt par un soulèvement populaire.

La célébration de ce 40ème anniversaire prend une résonance particulière après le retour au pouvoir d'un régime militaire depuis un coup d'Etat en 2014 où des soldats avaient ouvert le feu contre les manifestants dans les rues de Bangkok.

jta-dth/lab