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06/10/2016 05:07 EDT | Actualisé 07/10/2017 01:12 EDT

De Mistura prêt à se rendre à Alep pour la sauver

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est dit prêt jeudi à se rendre dans les quartiers d'Alep-Est pour escorter « physiquement » hors de la ville le millier de combattants djihadistes qui s'y trouveraient afin de faire cesser les bombardements russes et syriens.

« L'argument ultime, c'est que dans deux mois, deux mois et demi maximums, au rythme où vont les choses, la ville d'Alep-Est pourrait être totalement détruite », a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Genève, plaidant, au nom des civils, pour qu'ils ne soient plus otage de ce conflit.

Le diplomate italo-suédois s'est demandé si la présence des 900 combattants de l'ex-Front Al-Nosra, qui se fait désormais appeler Front Fatah Al-Cham, dans les zones sous contrôle insurgé de la ville, n'offrait pas un « alibi facile » à l'entreprise de destruction de ces quartiers par les forces pro-gouvernementales.

D'après ses estimations, en plus de ce millier de djihadistes, 8000 combattants insurgés « au maximum » assurent la défense d'Alep-Est, soumise à un déluge de feu depuis le 22 septembre.

Par ailleurs, quelque 275 000 civils, dont 100 000 enfants, vivent dans ces secteurs, le dernier grand centre urbain tenu par la rébellion syrienne. Staffan de Mistura anticipe des milliers de morts supplémentaires parmi eux si rien n'est fait.

Staffan De Mistura a exhorté la Russie et le gouvernement syrien à annoncer sans délai qu'ils mettront fin au bombardement d'Alep-Est dès que les djihadistes en seront partis.

S'ils s'y refusent, alors l'Histoire jugera que Moscou et Damas se sont servis de leur présence comme d'un « alibi » pour détruire la ville, a-t-il poursuivi, ajoutant qu'il refuse d'assister passivement à ce qu'Alep-Est se transforme en nouveau Srebrenica ou en nouveau Rwanda.

Damas appelle les rebelles d'Alep-Est à déposer les armes

Cet appel humanitaire de l'envoyé spécial des Nations unies survient au lendemain de la diffusion d'un communiqué de l'état-major syrien appelant les combattants à déposer les armes et quitter Alep-Est.

Tous ceux qui ne profiteront pas de la réduction des bombardements pour quitter la partie orientale d'Alep connaîtront un « sort inévitable », a averti l'armée syrienne.

Dans son communiqué, l'état-major syrien a annoncé avoir coupé toutes les routes utilisées par les insurgés d'Alep et assure disposer d'informations précises sur leurs positions et celles de leurs munitions.

Plus tôt mercredi, le commandement général avait annoncé sa décision de réduire les tirs d'artillerie et les frappes aériennes dans la partie orientale d'Alep tenue par les insurgés pour des raisons humanitaires.

L'état-major assurait que la réduction des bombardements permettrait à ceux qui le souhaitaient de gagner des zones plus sûres.

Soutenue par des milices chiites venues du Liban et l'Irak, ainsi que par l'armée de l'air russe, Damas a lancé le 22 septembre une nouvelle offensive contre la partie est d'Alep par un pilonnage d'une intensité sans précédent.

L'ONU estime que dans les deux dernières semaines seulement, quelque 376 personnes ont été tuées à Alep-Est et 266 autres blessées. Damas tarde toujours, sinon, à donner son feu vert pour l'envoi de convois humanitaires dans la zone.

Les quinze membres du Conseil de sécurité étudient depuis lundi le projet de résolution français, qui appelle à rétablir un cessez-le-feu à Alep pour permettre un accès humanitaire aux quartiers assiégés par le régime et interrompre les survols par des appareils militaires.

La Russie a dit ne pas soutenir ce projet qu'elle considère comme « politisé », sans pour autant annoncer officiellement qu'elle mettrait son veto.

Divisée depuis 2012 entre un secteur ouest contrôlé par le régime et des quartiers est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit syrien.