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06/10/2016 00:22 EDT | Actualisé 06/10/2017 01:12 EDT

14-Juillet à Nice: les témoins décrivent les scènes du carnage

Ce 14 juillet, quand les lampadaires se rallument sur la promenade des Anglais à Nice (sud de la France) après le feu d'artifice, la soirée bascule. Mohamed Lahouaiej Bouhlel va tuer 86 personnes. Son camion fend la foule pour écraser, le plus possible.

Une marée humaine, la panique et puis l'horreur s'emparent de la plus célèbre avenue de la Côte-d'Azur, selon des témoignages recueillis par les enquêteurs, dont l'AFP a eu connaissance.

Environ 30.000 personnes sont rassemblées pour admirer le traditionnel spectacle pyrotechnique. L'Euro de foot, qui cristallisait les craintes d'attentats, vient de se terminer.

22H45: fin du feu d'artifice, on se disperse doucement. La "Prom" est encore noire de monde quand surgit le 19 tonnes. On l'entend gronder.

"Des pétards", pensent d'abord certains témoins. C'est la fête nationale, après tout. "Un fracas", diront d'autres. Et puis "une marée humaine arrivant complètement affolée, criant, pleurant".

Le camion a déboulé au coin d'un hôpital pour enfants. "Je l'ai vu démarrer. J'étais en face de lui, j'ai vu le chauffeur sourire et accélérer", raconte une employée municipale qui attendait le bus.

Sur leurs radios, les policiers déployés pour sécuriser les festivités entendent qu'un camion a franchi un barrage. Il ne s'arrêtera que près de deux kilomètres plus loin. Il fauche tout sur son passage, zigzaguant, montant sur le large trottoir pour faire un maximum de victimes.

Les piétons ne le voient souvent que trop tard. Il y a du bruit, des concerts et beaucoup de monde. Le camion roule vite. Son "action meurtrière" durera quatre minutes et 17 secondes, selon les enquêteurs.

- "Corps désarticulés" -

"Problème de frein", "malaise", "accident"? Après la stupeur, on prend rapidement conscience que le "camion avance pour tuer".

Des bruits insupportables résonnent: ce "plok" du pare-chocs qui heurte les passants, comme tente de le décrire une victime. Le moteur en surrégime gronde, les corps aspirés sous les roues du véhicule entravent sa progression. Il "fait des bonds de un mètre, 1,50 mètre", raconte un policier, horrifié.

Des victimes sont projetées comme des "pantins", des "corps désarticulés". Un homme voit son père éjecté de son fauteuil roulant, "au sol, collé au trottoir".

Certains fuient, se réfugient dans des hôtels, sautent sur les toits des restaurants de plage, se jettent à la mer et nagent le plus loin possible... D'autres restent tétanisés. "Je tenais ma fille et ma nièce, j'ai fermé les yeux, je me suis crispée de peur jusqu'à ce que le camion passe dans mon dos", dit une femme.

Il faut arrêter le carnage. Un homme à scooter roule à côté du camion et tente de rentrer dans ses essieux. Le 19 tonnes ralentit, roule par à-coups, sans doute à cause des corps pris dans ses roues. Des policiers ouvrent le feu. Trop tard, selon certains témoins qui estiment qu'il "n'y avait pas de policiers" comparé au gros déploiement durant l'Euro.

- Des nappes pour recouvrir les corps -

Lahouaiej Bouhlel réplique mais poursuit ses embardées. "J'ai vu l'homme tirer de sa main droite en la passant sous son bras gauche qui tenait le volant", explique une policière. Les témoins qui l'ont aperçu dans la nuit se souviennent d'un "visage fermé, sérieux", "celui d'un homme concentré, déterminé".

Devant le Palais de la Méditerranée, il cale. Un homme monte sur le marche-pied côté chauffeur et tente de donner des coups à travers la vitre brisée, d'arracher son pistolet, demande à une policière de lui donner son arme "pour le buter". Elle refuse puis lui demande de lâcher la portière, il descend, elle tire dans l'habitacle.

Le tueur a l'air mort. Aucun policier n'ose ouvrir la portière. Ils redoutent que le véhicule soit piégé. "Je pensais que c'était la phase 1, que le camion allait soit s'ouvrir avec des hommes en armes, soit que le camion allait exploser", confie un vacancier.

Les services de déminage arrivent. Sur plusieurs centaines de mètres, des cadavres et des blessés qui agonisent. Il faut retrouver les siens. Des passants improvisent des massages cardiaques. Un restaurateur arrive avec une pile de nappes pour recouvrir les corps.

"J'ai soulevé des draps pour voir si ce n'était pas mon fils. J'ai vu toute l'horreur. Je n'aurai pas dû", soupire un commerçant.

Le souvenir hantera longtemps les témoins. Une infirmière niçoise ne voit plus la "Prom" qu'elle connaissait: "Maintenant pour moi, la Promenade, c'est devenu une avenue jonchée de cadavres".

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