DIVERTISSEMENT
05/10/2016 07:19 EDT | Actualisé 05/10/2016 07:25 EDT

«Tout court» de Simon Leblanc: conteur en construction (PHOTOS)

Paméla Lajeunesse

Il s’appelle Simon Leblanc. Vous le connaissez peut-être, car il roule sa bosse dans le milieu de l’humour depuis déjà quelques années. En 2010, il faisait un crochet à En route vers mon premier gala Juste pour rire et, en 2014, il remportait l’Olivier de la Révélation de l’année.

Mais peut-être ignorez-vous qui il est aussi et on ne pourra vous en blâmer, car Simon Leblanc n’a pas bénéficié d’une locomotive de la trempe de SNL Québec ou Les 5 prochains pour révéler son visage à la masse. Il a promené son huile de bras sur les scènes du Québec, n’a négligé aucune tribune, et il franchissait mardi l’étape de la première médiatique avec son premier one man show, Tout court, au Gesù, une salle qui lui convient à merveille, et qui était à ses pieds en ce soir important.

On le décrit comment, Simon Leblanc? Comme un efficace conteur, qui doit néanmoins continuer de peaufiner son art. Un bon conteur en construction, disons. Souvent grossier, parfois inutilement («pisse», «pet sauce», «graine», «chier», sacres et autres termes de même famille vont et viennent joyeusement dans son vocabulaire), Leblanc échappe aussi, beaucoup trop souvent, un agaçant rire nerveux entre ses phrases. En apparence anodin, ce détail finit parfois par briser le rythme de sa présentation, comme si l’humoriste se faisait un peu trop rire lui-même. Mardi, ce défaut s’est toutefois amoindri au fur et à mesure que défilaient les 90 minutes de sa prestation (sans entracte). Déduisons donc que la nervosité exacerbait probablement le tic en lever de rideau.

Galerie photo Simon Leblanc Voyez les images

Manque de viande

L’anecdote constitue essentiellement le fondement du style de Simon Leblanc. Tranches de vie sur le Plateau Mont-Royal (et un clin d’œil ses itinérants «de luxe»), à l’urgence, avec sa grand-mère (un coloré personnage qui a son franc-parler), le garçon met tout son cœur à raconter, gesticule et esquisse des mimiques pour beurrer encore plus épais, sans hélas être une bête de charisme.

À l’épicerie, scanner un concombre au moment de payer devient une épopée (il faut entendre son imitation de la voix automatisée qui guide le processus, impayable) et il a remarqué depuis belle lurette l’air stoïque, fermé des gérants de supermarchés, qui s’explique facilement, selon lui : «Ils pouvaient être caissiers, pour 10,75$ de l’heure, ou gérer une épicerie, pour 11,75$, de l’heure. C’est une question d’appât du gain».

La messe, à ses yeux, est comme une «longue partie de Je te tiens par la barbichette», et le pape n’espère qu’attirer l’attention. «Pourquoi tu mettrais un chapeau en losange de trois pieds de haut si ce n’est pas pour flasher?», argue-t-il pour défendre son opinion. Il discourt sur La poule aux œufs d’or et sur le sperme avec des logiques bien à lui.

Soyons franc, il faut beaucoup apprécier l’artiste et être d’emblée bien intentionné pour se bidonner devant les récits qu’il met de l’avant dans ce premier solo. Ça manque souvent de viande, c’est parfois livré maladroitement, sans transitions tangibles, c’est rarement captivant et les punchs ne sont pas toujours frappants, même si quelques-uns sont très réussis. En somme, la base est là, mais il manque ce je-ne-sais-quoi, une étincelle qui rendrait Tout court complètement emballant.

Sort-on ébloui de Tout court? Pas spécialement. Simon Leblanc fait preuve d’intéressantes aptitudes, il est visiblement investi et passionné, mais ni ses textes, ni son rendement ne recèlent quoi que ce soit de mémorable. Dans le lot de comiques qui émergent par les temps qui courent, il n’est pas celui qui se démarque le plus, mais il n’est pas mauvais ou ennuyant non plus. À son avantage, on ne trouve aucun visage à qui le comparer – il relate, mais ne se réclame pas des vieux routiers du genre à la Michel Barrette ou Jean-Marc Parent, ce qui est tout à son honneur -, et certains de ses numéros offerts dans d’autres contextes (au Festival Juste pour rire, par exemple), avaient davantage fait mouche. Reste à Simon Leblanc à continuer de ciseler ses rigolos épisodes pour les rendre pleinement irrésistibles, et on répondra présent à nouveau.

La tournée Tout court se poursuivra au moins jusqu’au printemps 2017, et Simon Leblanc a déjà commencé à roder son deuxième spectacle, Malade. Plus de détails se trouvent sur son site web www.simonleblanc.ca.