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02/10/2016 02:11 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

Theresa May, le pragmatisme à l'épreuve du Brexit

Moins de trois mois après son arrivée au pouvoir, l'état de grâce touche à sa fin pour la conservatrice Theresa May, pressée de répondre au plus grand défi posé à un Premier ministre britannique depuis la Deuxième Guerre mondiale: le Brexit.

Mme May, qui a fêté samedi ses 60 ans, a succédé le 13 juillet à David Cameron et peut-être a-t-elle songé à cet instant à son prédécesseur Winston Churchill prenant les commandes du Royaume-Uni en 1940, toute proportion gardée.

L'ancienne ministre de l'Intérieur a hérité d'un pays en proie au doute, préoccupé par l'impact du Brexit sur ses perspectives économiques et assiégé par ses partenaires européens pour qui l'amorce du désengagement britannique ne saurait attendre.

Mais, exceptée l'annonce d'un déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne avant fin mars 2017, la cheffe de l'exécutif britannique, deuxième femme à occuper ce poste après Margaret Thatcher, s'est montrée pour le moins économe en commentaires quant à ce qui attend le Royaume-Uni.

"Brexit signifie Brexit", répète-t-elle prudemment, un mantra dont la formulation lapidaire a fini par polariser les interrogations sur sa stratégie. Ou son absence de stratégie, disent ses détracteurs.

"Je trouvais la formule amusante au départ. Il a fallu attendre un jour ou deux avant que les gens ne réalisent que ça ne répondait pas au problème", a persiflé l'ancien ministre de la Justice conservateur Ken Clarke.

- 'La clef, c'est la réussite du Brexit' -

Les Britanniques ne lui en tiennent pour l'instant pas rigueur et Theresa May jouit toujours d'une belle cote de popularité.

On loue, note le politologue Michael Ashcroft, son intelligence, sa stature, son pragmatisme ou encore sa volonté affichée de pratiquer un conservatisme à dimension sociale en menant une politique qui ne s'adresse pas qu'à "quelques privilégiés", selon les termes de Mme May.

Mais elle est aussi attendue au tournant: "La clef, c'est la réussite du Brexit", souligne Lord Ashcroft.

Theresa Brasier est née le 1er octobre 1956 à Eastbourne, une station balnéaire du sud-est de l'Angleterre. Après des études de géographie à Oxford, où elle rencontre son mari Philip, et un bref passage à la Banque d'Angleterre, elle entame sa carrière politique en 1986. Elle est alors élue conseillère du district londonien cossu de Merton.

Après deux échecs aux élections législatives, elle est élue en 1997 députée conservatrice dans la circonscription prospère de Maidenhead, dans le Berkshire (sud de l'Angleterre).

De 2002 à 2003, elle est la première femme à être secrétaire générale du parti conservateur. Elle s'illustre lors d'un discours en appelant les tories, alors marqués très à droite, à quitter leurs habits de "nasty party" ("parti des méchants").

En 2005, elle prête main forte à David Cameron dans sa conquête du parti. Lorsqu'il est prend la tête du gouvernement britannique en 2010, il la récompense en lui attribuant le portefeuille de l'Intérieur. Cette femme grande et mince à l'allure patricienne, cheveux gris coupés courts et yeux assortis, y mène une politique très ferme, qu'il s'agisse des délinquants ou des prêcheurs islamistes.

- 'Un nouveau style' -

Depuis son accession au pouvoir, elle a rompu avec la ligne plus libérale d'un David Cameron dont elle se plait à détricoter, par petites touches, l'héritage, tout se forgeant l'image d'une dirigeante prudente qui n'aime pas déléguer.

Elle s'affiche aussi "beaucoup moins que ce à quoi nous étions habitués", remarque Jane Green, de l'université de Manchester. "Elle veut incarner un nouveau style de politique".

Theresa May n'échappe pas aux comparaisons avec "Maggie" Thatcher, elle aussi eurosceptique, à l'image de sérieux et dotée d'une volonté de fer. Mais elle apparaît aussi plus proche d'une Angela Merkel, la chancelière allemande, avec qui elle partage le fait d'être fille de pasteur, mariée de longue date et sans enfant.

Sobre, discrète, Theresa May confie qu'elle préfère éviter les plateaux de télévision, les déjeuners à potins et les bars du Parlement.

Elle aime la marche et la cuisine, et dit avoir plus d'une centaine de livres de recettes. Et son classicisme vestimentaire est atténué par des chaussures fantaisie, le motif léopard étant devenu sa marque de fabrique.

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