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02/10/2016 18:00 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

Le Brexit au service d'une ambition: il était une fois Boris Johnson

On le croyait enterré, il est rentré au gouvernement de Theresa May à la surprise générale. Exubérant, imprévisible, iconoclaste: Boris Johnson est revenu pour s'occuper du Brexit, et d'aucuns l'imaginent déjà lorgner la plus haute marche du pouvoir.

13 juillet 2016: quelques heures seulement après la prise de fonctions de la nouvelle Première ministre conservatrice, les services de l'exécutif britannique annoncent la nomination de Boris Johnson au poste de ministre des Affaires étrangères.

Oui, Boris Johnson. Celui qui a comparé Hillary Clinton à une "infirmière sadique". Aux affaires étrangères.

Les diplomates du monde entier s'y sont peut-être repris à deux fois pour vérifier qu'ils avaient bien lu le communiqué du 10, Downing Street.

"J'aurais préféré que ce soit une plaisanterie", lâche l'ancien ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt.

La nouvelle stupéfait tout autant une classe politique britannique qui avait peu ou prou condamné aux limbes le héraut de la campagne pour le Brexit après son retrait de la course à la succession de David Cameron aux commandes du pays.

Mais Alexander Boris de Pfeffel Johnson, "BoJo" comme il est surnommé, est un ambitieux.

Quelqu'un qui, dès son plus jeune âge, voulait être "roi du monde", si on en croit les confidences de sa soeur Rachel à son biographe, Andrew Gimson.

Et pour qui le ministère des Affaires étrangères, aussi prestigieux soit-il, ne constitue probablement pas le pinacle d'une carrière qui l'a déjà vu présider, de 2008 à 2016, aux destinées de la puissante capitale britannique.

"Il ne fait pas de doute que Johnson souhaite toujours diriger le pays, un jour ou l'autre", estime Paul Goodman, de ConservativeHome, un site conservateur influent.

"Mais il sait aussi très bien que la meilleure manière d'y arriver, c'est de s'atteler à la tâche". Et donc d'endosser l'habit de diplomate, pourtant a priori peu taillé pour son tempérament exubérant.

- Brexit et Kardashian -

Les premières jours sont délicats... Lors d'une conférence de presse à Londres avec son homologue américain John Kerry, Boris Johnson, tignasse blonde ébouriffée, n'échappe pas au tir groupé des journalistes américains qui lui demandent de s'expliquer sur ses déclarations passées.

Signe qu'il lui reste encore à apprivoiser les codes de sa nouvelle fonction, il n'hésite pas à qualifier de "bobards" les exigences de Bruxelles en matière de liberté de circulation pour rester dans le marché unique.

Mais Boris Johnson, 52 ans, ne manque pas d'atouts. "Les gens oublient qu'il est un redoutable intellectuel", souligne Victoria Honeyman, de l'université de Leeds. "C'est un homme qui a beaucoup voyagé, qui a de l'expérience".

Au sein du gouvernement, il doit composer avec l'approche prudente de Theresa May sur le Brexit, un choc des cultures.

Pragmatique, la Première ministre répète à l'envi qu'elle ne fera pas de "commentaire au jour le jour" sur sa stratégie pour mettre en oeuvre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Boris Johnson, lui, s'est rapproché du groupe de pression "Change Britain", promoteur d'un "Brexit dur", à savoir une rupture rapide et franche avec le club des 28.

Le Brexit, "il faut s'y mettre", a-t-il récemment déclaré, quelques jours seulement après avoir été recadré par un porte-parole de la Première ministre parce qu'il s'était avancé sur la date de déclenchement de la procédure de divorce avec l'UE.

Theresa May et Boris Johnson "ne peuvent pas se supporter", dit un ancien collaborateur de Johnson. "Ce n'est pas un stratège. Dans le fond, c'est toujours un journaliste (son ancienne profession, ndlr), qui pense d'abord aux gros titres de la presse".

Dimanche à Birmingham (centre de l'Angleterre), au démarrage du congrès annuel des conservateurs il s'est à nouveau signalé en réussissant à insérer une référence à la famille Kardashian dans un discours devant les militants.

Typique du bonhomme, qui, à la fin, a récolté une standing ovation.

Boris Johnson "est à un genre de carrefour", estime Victoria Honeyman. "Si les négociations sur le Brexit tournent bien, alors sa carrière politique poursuivra son ascension". Dans la cas contraire...

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