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02/10/2016 05:15 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

La Hongrie aux urnes pour le référendum antiréfugiés du Premier ministre Orban

Les Hongrois votent dimanche lors d'un référendum que le Premier ministre Viktor Orban veut transformer en plébiscite pour sa politique antimigrants et en pied de nez à une Union européenne soucieuse de répartir les réfugiés entre Etats membres.

Quelque 8,3 millions d'électeurs sont appelés à répondre à la question: "Voulez-vous que l'Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l'approbation du Parlement hongrois?"

"Je suis fier que nous soyons les premiers (en Europe) à répondre à cette question dans les urnes, même si nous sommes malheureusement les seuls", a déclaré M. Orban en votant à Budapest.

Alors que les sondages donnent le non largement vainqueur, la principale inconnue porte sur le taux de participation, le nombre de votes exprimés devant représenter au moins 50% des inscrits pour que le scrutin soit valide.

A la mi-journée, 23,56% des électeurs s'étaient rendus aux urnes. Afin d'éviter que le quorum ne soit atteint, l'opposition et les ONG de défense des droits de l'homme ont appelé au boycott ou au vote nul.

A Budaörs, à 15 km de la capitale, Marci, un agriculteur de 40 ans, explique avoir refusé de prendre part au scrutin. "Je ne serai pas un pion sur l'échiquier d'Orban", souligne-t-il, dénonçant une consultation "biaisée".

La majorité des électeurs ayant pris le chemin des isoloirs apparaissent à l'inverse avoir opté pour le non, à l'instar de Zoltan, un avocat âgé de 38 ans, qui dit préférer "être prudent que surpris" en matière migratoire. Un couple de septuagénaires confie avoir voté non "le coeur lourd", mais pour la "sécurité de (ses) enfants".

- 'Jeu dangereux' -

La Hongrie n'a proposé à ce jour aucune place d'accueil de réfugiés relocalisés et se considérera, si le non l'emporte, définitivement affranchie de toute obligation de contribuer à l'effort européen de répartition des migrants.

La Commission européenne souligne cependant que le scrutin n'aura aucun impact juridique sur les engagements adoptés, les Etats membres ayant "la responsabilité légale d'appliquer les décisions prises".

La Hongrie est censée accueillir 1.294 migrants en vertu du plan européen de répartition de 160.000 demandeurs d'asile adopté il y a un an. Celui-ci est toutefois largement resté lettre morte, seuls quelques milliers de personnes ayant été "relocalisées".

Mais les responsables européens redoutent que le référendum hongrois ne porte un nouveau coup à une UE déjà malmenée par une succession de chocs, de la crise migratoire au Brexit.

"Si des référendums sont organisés sur chaque décision des ministres et du Parlement européen, l'autorité de la loi est en danger", s'est alarmé cet été Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a dénoncé dimanche un "jeu dangereux".

Dans une tribune publiée samedi et destinée à mobiliser le camp du non, M. Orban a estimé que les Hongrois avaient "le devoir" de l'aider à combattre les décisions de "l'élite à Bruxelles".

"Avec le référendum, nous pouvons envoyer un message à chaque Européen: leur dire que cela dépend de nous, les citoyens européens, de ramener l'UE à la raison (...) ou de la laisser se désintégrer", a-t-il souligné.

- Appels à la démission -

Une victoire du non, qu'aucun sondage ne met en doute, serait de nature à conforter politiquement Viktor Orban en Hongrie et de peaufiner son image de meneur du camp populiste anti-immigration en Europe.

Mais le Premier ministre "pourrait faire face à des appels à la démission" si le taux de participation est insuffisant pour que le scrutin soit valide, estime le politologue Andras Biro-Nagy.

Le dirigeant du parti d'extrême droite Jobbik, Gabor Vona, seul véritable rival du Fidesz de M. Orban en vue des législatives de 2018, a estimé dimanche que M. Orban devrait rendre son tablier si tel n'était pas le cas.

Viktor Orban continue de bénéficier d'une popularité au plus haut, portée par son discours décomplexé sur l'immigration qu'il compare à "un poison", et qui a mis en sourdine les critiques sur la politique économique et sociale du gouvernement.

En 2015, 400.000 candidats à l'asile en Europe ont transité par la Hongrie, la plupart avant l'installation de clôtures barbelées le long des frontières serbe et croate.

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