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02/10/2016 02:06 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

GB: Les conservateurs seuls en piste à l'heure du Brexit

Le parti conservateur britannique a un boulevard devant lui pour mettre en oeuvre le Brexit à sa façon, dominant complètement la scène politique face à une opposition en plein désarroi, mais pour les experts le danger vient de ses propres rangs.

La Première ministre "Theresa May est incroyablement renforcée par l'absence d'une opposition forte et consistante", dit à l'AFP Jane Green, professeure de sciences politiques à l'université de Manchester.

"Si le Labour (parti travailliste) était en mesure de demander des comptes au gouvernement, nous aurions sans doute plus de détails sur ce qu'elle compte faire" pour mettre en oeuvre la sortie de l'Union européenne, souligne-t-elle.

Dimanche, Theresa May a annoncé qu'elle enclencherait avant fin mars 2017 l'article 50 du Traité de Lisbonne lançant le début des discussions de divorce.

Mais le Labour est plongé dans la tourmente et vient de réélire à sa tête, lors d'un congrès à Liverpool, le gauchiste Jeremy Corbyn, honni par les députés et l'appareil du parti. Il est aussi divisé sur l'un des thèmes essentiels du Brexit, la question des limites à poser à l'immigration, qui a joué un rôle déterminant dans le résultat du référendum du 23 juin.

"L'incohérence du nombrilisme du congrès du Labour est bien résumée par l'absence de tout débat sur le Brexit, pourtant thème central de la politique actuelle et pour les années à venir", estime Tom Baldwin, conseiller de l'ex-dirigeant travailliste Ed Milliband, dans le quotidien Evening Standard.

- 'Détruire le Labour' -

Au congrès des Tories (conservateurs) à partir de dimanche à Birmingham, "Theresa May devrait monter en scène avec une idée en tête: la destruction du Labour", conseille James Frayne, du groupe de réflexion Policy Exchange, sur le blog conservateur Conservative Home.

"Son discours devrait marquer le début d'un processus pour dominer complètement la vie politique, en poussant le Labour dans la marginalité au côté des Libéraux-Democrates. Ils n'ont plus rien à voir avec la vie des gens ordinaires", assène-t-il.

De fait, Theresa May, sitôt arrivée au 10, Downing Street, a repris à son compte le vocabulaire compassionnel de la tradition du conservatisme social du "One-nation", qui se veut inclusif de toutes les classes sociales dans un projet commun, un concept forgé au XIXe siècle par le Premier ministre Benjamin Disraeli.

Remis au goût du jour, cela veut dire: réoccupons l'espace laissé vide par une opposition qui semble plus éloignée du pouvoir que jamais.

Le Labour peine à répondre à l'offensive de charme de Theresa May, à laquelle les électeurs font plus confiance qu'à Jeremy Corbyn pour garantir le système de santé, réduire l'immigration et conclure de nouveaux accords commerciaux après le Brexit, selon un sondage de l'organisme Britain Thinks paru le 22 septembre.

Et toutes les enquêtes d'opinion le relèguent en deuxième position en cas d'élections.

- Un gouvernement divisé -

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Theresa May?

Pas vraiment, estime Matthew Goodwin, professeur en sciences politiques à l'Université du Kent. "Certes, le parti conservateur est très fort dans les sondages en ce moment mais il n'a qu'une faible majorité à la chambre (des députés) et ce pourrait être potentiellement très difficile pour Theresa May de faire adopter une législation controversée liée au Brexit", dit-il à l'AFP.

Sans compter son principal défi: diriger un gouvernement ouvertement divisé entre partisans d'une rupture radicale avec Bruxelles - incarnés par le trio pro-Brexit Boris Johnson-David Davis-Liam-Fox (Affaires étrangères, Brexit, Commerce international) - et tenants d'une ligne plus souple - dont elle et son chancelier de l'Echiquier Philip Hammond, partisans du maintien dans l'UE lors de la campagne référendaire.

George Freeman, un conseiller de Mme May, relève "une fantastique occasion pour le parti conservateur One Nation de prouver sa pertinence, au-delà de notre électorat de base" mais s'interroge, dans le magazine de gauche New Statesman: "Allons-nous nous retourner contre nous-même et créer nos propres disputes, ou nous unir et occuper l'espace que Corbyn a laissé?"

Quoi qu'il en soit des désirs des partisans du Brexit et de leurs slogans, Theresa May s'apprête à entrer dans un territoire inexploré et les réponses se trouveront en large partie entre les mains de l'Union européenne.

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