NOUVELLES
02/10/2016 03:13 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

France: l'église dont le prêtre a été assassiné par des jihadistes rouvre

L'église française où un prêtre a été assassiné par des jihadistes rouvre dimanche, deux mois après l'attentat, avec une cérémonie hautement symbolique destinée à "réparer la profanation" et plaider la "réconciliation" entre catholiques et musulmans.

Le 26 juillet, le père Jacques Hamel, 85 ans, est égorgé dans l'église de Saint-Etienne du Rouvray (nord-ouest), par deux jeunes radicalisés de 19 ans, se réclamant du groupe Etat islamique (EI).

Cet attentat, le premier dans un lieu de culte catholique en Europe, survient moins de deux semaines après celui qui a coûté la vie à 86 personnes à Nice (sud-est) le jour de la Fête nationale.

Sous le choc, le pays fait bloc et des milliers de musulmans rejoignent les bancs des églises dans les jours suivants, tandis que les représentants de tous les cultes assistent à la messe donnée pour les obsèques du père Hamel, fin juillet, dans la ville voisine de Rouen.

Deux mois plus tard, cet esprit unitaire devrait toujours prévaloir. L'imam de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, une petite ville ouvrière de 27.000 habitants, a appelé, lors de la prière du vendredi, ses fidèles à se joindre à la cérémonie de réouverture de l'église.

"Ce sera un jour de fraternité, j'espère que croyants ou pas, tous les Stéphanais seront là", a déclaré à l'AFP Mohamed Karabila, responsable de la mosquée.

Toutes les étapes de la cérémonie "seront orientées vers la demande de pardon, la réconciliation et la paix", a renchéri l'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, qui célèbrera la messe.

Le rite sera toutefois bien catholique: une procession partant du presbytère est prévue en milieu d'après-midi, avant une messe, qui sera retransmise sur grand écran à l'extérieur de l'édifice.

Elle sera précédé par un "rite pénitentiel de réparation". Dans le culte catholique, ce rite vise à purifier symboliquement une église qui a été profanée. Il "consiste à +laver+ l'église en l'aspergeant d'eau bénite", a expliqué à l'AFP Mgr Lebrun.

- 'Va-t-en Satan' -

Selon la presse française, des rescapés de la tuerie, dont la religieuse qui a donné l'alerte et un octogénaire blessé dans l'attaque, devraient se trouver sur les bancs de l'église pour la cérémonie, placée sous haute surveillance.

Le 26 juillet, ils étaient six à suivre la messe matinale, quand Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean avaient fait irruption dans l'édifice, en tenue de combat. D'après les témoignages de rescapés, confiés ces derniers jours à des publications catholiques, le drame s'est joué en moins d'une heure.

Kermiche, un habitant de la ville connu pour radicalisation, se précipite immédiatement sur le père Hamel, tandis que son comparse, rencontré sur internet, met un smartphone dans les mains d'un paroissien âgé de 87 ans, et le contraint à filmer la scène.

Le prêtre refuse de s'agenouiller, tombe à la renverse et repousse son agresseur à coups de pied en lui criant "Va-t'en Satan". Il est égorgé au pied de son autel.

Puis c'est au tour du paroissien d'être poignardé, au bras, dans le dos et à la gorge. Pendant 45 minutes le vieil homme va faire le mort, sort auquel il échappe de justesse.

Après avoir attaqué les deux hommes, les assaillants, comme apaisés, se montrent prévenants vis-à-vis des femmes, et parlent du Coran, de Jésus... Les agresseurs vont aussi chanter, porter un coup de poignard à l'autel, vandaliser des objets de culte.

Pendant ce temps, une soeur s'est sauvée par une porte latérale et a fait prévenir la police qui arrive rapidement sur les lieux et encercle l'église.

Prêts à mourir, les deux jihadistes poussent leurs otages jusqu'à la sacristie et sortent avec eux par la petite porte par laquelle ils étaient entrés. Au cri de "Allah Akbar", ils tombent sous le feu nourri des policiers.

hel-chp/cr