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02/10/2016 10:46 EDT | Actualisé 03/10/2017 01:12 EDT

Berlin insiste sur le renvoi en Grèce de demandeurs d'asile

Le ministre allemand de l'Intérieur a demandé dimanche que les demandeurs d'asile entrés en Europe par la Grèce puissent être à nouveau renvoyés dans ce pays et exhorté Athènes en parallèle à expulser davantage de migrants en Turquie.

"Je voudrais voir la convention de Dublin s'appliquer à nouveau (...) nous reprendrons la discussion à ce sujet lors d'une réunion des ministres (européens) de l'Intérieur" courant octobre, a indiqué le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, dans un entretien publié par le quotidien grec Kathimerini.

Imposant aux pays de première arrivée dans l'UE la prise en charge des demandeurs d'asile, le règlement de Dublin y prévoit leur renvoi s'ils gagnent d'autres États membres avant l'examen de leurs cas. Mais cette clause a été suspendue pour la Grèce depuis 2011, après la condamnation du pays par la justice européenne pour les mauvais traitements alors réservés aux candidats à la protection internationale.

"Depuis, l'UE a fourni un soutien important, pas seulement financier" à la Grèce pour améliorer ses procédures d'asile, a relevé le ministre allemand.

"Les critiques pour la non application de la convention par la Grèce ne cessent d'augmenter en Allemagne", a souligné le ministre.

Cette perspective suscite de fortes critiques en Grèce, qui doit déjà assurer l'accueil de plus de 60.000 réfugiés et migrants bloqués après le verrouillage européen face à l'exode, notamment syrien, de 2015.

Mais l'Allemagne se plaint en retour de ce que la Grèce, à ses yeux, ne respecte pas pleinement l'accord conclu entre l'Union européenne et la Turquie pour contenir le flux de migrants.

"La Grèce doit procéder à davantage d'expulsions" vers la Turquie, "si l'on veut que l'Allemagne puisse aller chercher davantage de gens ayant besoin d'une protection en Turquie", a critiqué dimanche soir M. de Maizière sur la chaîne de télévision allemande ARD.

Athènes veut transférer un grand nombre des réfugiés actuellement installés dans des centres bondés situés sur ses îles de la Mer Egée vers la Grèce continentale.

Or, l'accord UE-Turquie prévoit que la Grèce maintienne plutôt les migrants, ceux venant de Syrie en particulier, sur ses îles, afin de les renvoyer plus facilement vers la Turquie, d'où la plupart viennent, et d'éviter qu'ils ne prennent directement le chemin du nord de l'Europe.

En échange de tout réfugié syrien repris par la Turquie, l'UE s'est engagée à en accueillir un autre installé sur le territoire turc et répondant aux critère du droit d'asile.

Athènes plaide de son côté avec Rome, pour un mécanisme européen qui répartirait la prise en charge des intéressés dès leur arrivée.

Une telle idée est toutefois très contesté en Europe, notamment parmi les pays de l'Est.

Les Hongrois ont ainsi très largement rejeté dimanche lors d'un referendum les relocalisations de réfugiés au sein de l'UE, même si le résultat du scrutin n'est pas juridiquement contraignant faute d'une participation suffisante.

Et le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a critiqué la volonté affichée par l'Allemagne d'accueillir plusieurs centaines de réfugiés par mois situés en Grèce et en Italie, afin de soulager ces pays.

"Ce n'est pas la bonne politique" car elle risque de créer un appel d'air en incitant davantage de migrants à se rendre en Grèce et en Italie, a jugé dimanche le ministre dans une interview à l'hebdomadaire allemand Welt am Sonntag.

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