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01/10/2016 20:45 EDT | Actualisé 02/10/2017 01:12 EDT

A Bruxelles, l'Afghanistan en quête de stabilité espère récolter des fonds

Le président afghan Ashraf Ghani sera à Bruxelles mardi et mercredi pour faire reconnaître par la communauté internationale l'élan réformiste de son administration, et évaluer l'aide financière sur laquelle pourra compter d'ici 2020 son pays ravagé par la guerre.

Cette conférence de deux jours, à laquelle doivent participer plus de 70 pays, est co-organisée par M. Ghani et le président du Conseil européen, Donald Tusk. Y participeront notamment le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le secrétaire d'Etat américain, John Kerry.

Elle devrait déboucher sur des promesses d'aide à hauteur d'au moins trois milliards d'euros par an jusqu'en 2020, selon des sources européennes. Une enveloppe à laquelle l'Union européenne et les Etats-Unis contribueraient chacun pour un tiers environ.

Dans un contexte de crises multiples au Moyen-Orient, "personne ne peut se permettre que l'Afghanistan soit de nouveau déstabilisé", a souligné un haut responsable européen avant la réunion.

De fait, les talibans restent une menace réelle quinze ans après avoir été chassés du pouvoir par une intervention américaine, et des districts entiers de ce vaste pays échappent au contrôle des forces gouvernementales.

En outre, des militants se réclamant du groupe Etat islamique (EI) sont implantés dans l'est du pays et l'EI a revendiqué un attentat qui a fait 84 morts le 23 juillet à Kaboul.

L'aide internationale est d'autant plus "cruciale" pour le gouvernement afghan que ce dernier doit encore allouer "les deux tiers de son budget au secteur de la sécurité", relevait en mars la Commission européenne dans un document interne.

L'Afghanistan a été après la Syrie le deuxième pourvoyeur de demandeurs d'asile dans l'UE en 2015 (près de 180.000), parmi lesquels de nombreux mineurs isolés.

Les Européens aimeraient limiter cet afflux, et le sujet sera forcément dans les esprits à Bruxelles.

- Accord de paix avec Hekmatyar -

"Il n'y a absolument pas de conditions assorties aux engagements financiers de l'UE", s'est toutefois défendu un autre responsable européen.

Quatre ans après la conférence de Tokyo axée sur l'aide pour la période 2012-2016, celle de Bruxelles s'inscrit dans une série de rendez-vous pour évaluer l'avancement des réformes attendues de Kaboul en échange des financements.

La Commission devrait confirmer sa promesse d'un soutien de 200 millions d'euros par an jusqu'en 2020, sur ses fonds propres (hors Etats membres).

Et préciser qu'une partie sera directement versée au budget afghan, sans intermédiaires financiers, via "un contrat d'appui à la consolidation de l'Etat" d'un montant de 200 millions d'euros sur 2017-2018.

Les versements, précise Bruxelles, dépendront de "l'avancement des réformes en matières de politiques publiques, de cadre macro-économique et de gestion des finances publiques" ainsi que "sur la transparence et la surveillance".

Sur ces contreparties, l'UE semble satisfaite du chemin parcouru.

Avec le gouvernement d'union nationale mis en place en 2014, "le rythme des réformes a augmenté de manière significative", parfois "au-delà de nos attentes", assure-t-on dans les couloirs des institutions européennes.

Sont notamment salués les efforts dans la lutte anti-corruption, contre les violences faites aux femmes, et dans la collecte des impôts, "en hausse de 20% depuis un an", ce qui est "un très bon signal".

Le week-end dernier à Kaboul Ashraf Ghani a dit considérer "très sérieusement" cette conférence de Bruxelles, soulignant qu'il s'y ferait le messager de tous les hommes et femmes de son pays, mosaïque de langues et de peuples.

"Le monde va de nouveau réitérer ses engagements financiers (...) Au retour nous aurons à travailler ensemble, à être pragmatiques", a-t-il ajouté.

Si la situation sécuritaire continue d'inquiéter, ce qui a conduit l'Otan à prolonger sa mission dans le pays, le président Ghani pourra faire valoir une avancée importante.

L'Afghanistan a signé le 22 septembre un accord de paix avec l'un de ses pires criminels de guerre, Gulbuddin Hekmatyar, dont le mouvement, le Hezb-i-Islami, est le deuxième principal réseau insurgé du pays.

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