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30/09/2016 09:45 EDT | Actualisé 01/10/2017 01:12 EDT

Turquie: scandale de "mails piratés", le patron d'un grand groupe de médias démissionne

Le directeur général d'un des médias privés les plus importants de Turquie a démissionné vendredi, après le scandale du piratage supposé de sa boîte mail dévoilant une correspondance dans laquelle il autorisait le gouvernement à lui dicter la ligne éditoriale.

Mehmet Ali Yalcindag, qui avait un an plus tôt les rênes du groupe Dogan Media, regroupant entre autres le quotidien Hürriyet, les chaînes d'information CNN-Türk et généraliste Kanal-D, réfute être l'auteur de ces courriels.

Le directeur général a précisé qu'il quittait ses fonctions "dans le but de ne pas porter atteinte à la réputation du groupe Dogan".

Les prises de position de M. Yalcindag ont été scrutées à la loupe après que des mails qu'il aurait prétendument écrits ont été publiés sur des réseaux sociaux par un groupe de pirates appelé Redhack.

Dans les courriels dont la paternité lui est prêtée, il promet au ministre de l'Energie Berat Albayrak - qui est également le gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan - de conserver une ligne favorable au gouvernement.

Même s'ils n'adoptent pas ouvertement une ligne totalement opposée au gouvernement, le journal Hürriyet et les chaînes de télévision du groupe Dogan sont considérés comme des médias indépendants du pouvoir.

C'est d'ailleurs sur la chaîne CNN-Türk que le président s'est exprimé le soir de la tentative de putsch en appelant directement via Facetime la journaliste à l'écran.

Dans un communiqué publié vendredi sur le site du journal Hürriyet, M. Yalcindag a nié l'authenticité de ces mails et s'est dit victime d'"une horrible fraude".

"Un technicien a analysé mon ordinateur personnel et révélé que je n'avais pas écrit ces mails et que ceux-ci n'avaient pas été envoyés depuis mon ordinateur", s'est-il défendu.

Mehmet Ali Yalcindag a promis qu'il allait "utiliser tous les moyens légaux à sa disposition" pour se défendre, et précisé que des recherches allaient être menées pour expliquer ce qui s'est passé.

Le Président directeur général du groupe, Aydin Dogan a déclaré qu'il respectait la décision de M. Yalcindag, qui en privé est son gendre, et dénoncé une "manipulation".

Le piratage des données informatiques est "illégal", a rappelé le PDG parlant d'une "attaque délibérée contre la famille Dogan".

Ce scandale a éclaté lorsque plusieurs journalistes ont été arrêtés dans l'enquête après la tentative de coup d'Etat du 15 juillet, posant la question de la liberté de la presse.

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