DIVERTISSEMENT
30/09/2016 11:59 EDT | Actualisé 30/09/2016 12:00 EDT

«Station Eleven» d'Emily St.John Mandel: la fin du monde «made in Canada» (ENTREVUE)

DeseRae L. Stage

Plus de 700 000 copies de Station Eleven ont été vendues à travers le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis depuis deux ans. Pour accrocher les lecteurs à son histoire de fin du monde, la Britanno-Colombienne Emily St.John Mandel fait des allers-retours entre l’avant et l’après, racontant la crise et ses effets collatéraux quelques détails à la fois, pendant qu’elle peint une esquisse de l’humanité. Succès populaire et critique, son roman a été traduit dans une quinzaine de langues et la version française vient enfin d’arriver sur les tablettes.

Porté par une plume d’une qualité indéniable, Station Eleven souffle un vent de fraicheur dans l’univers littéraire post-apocalyptique.

«Plusieurs histoires du genre se concentrent sur le grabuge, le chaos et l’horreur qui suivent l’effondrement complet de la société, souligne l’écrivaine. Les lecteurs ont vu ça si souvent que je ne suis pas certaine que ce soit intéressant d’écrire un livre de plus comme ça. Mon roman ne plonge pas dans l’horreur comme les autres dystopies. Je préférais réfléchir à l’état du monde moderne en contemplant son absence.»

L’Internet, les réseaux cellulaires, l’électricité, l’essence, la possibilité de voyager en avion ou en train : toutes ces preuves de modernité s’effacent une à une, après qu’une grippe ait décimé 99 % de la population mondiale.

Cette pandémie aux effets catastrophiques est apparue dans l’imaginaire de l’auteure, alors qu’elle vivait à Toronto. Mais pas nécessairement à cause du SRAS, qui a frappé la Ville Reine en 2003, devenant ainsi la première épidémie mondiale du XXIe siècle.

«Le SRAS a surgi et disparu relativement vite, alors ça ne m’a pas marquée outre mesure. Par contre, mon projet a été influencé par une anecdote qui s’est produite à Toronto : je marchais sur Yonge Street, un soir, alors que j’avais 19 ans, et pendant un instant, toutes les lumières de la rue se sont éteintes, autant celles des lampadaires que celles des commerces. Tout s’est replacé rapidement, mais une seule seconde de noirceur totale m’a fait imaginer la terreur qui se propagerait dans une ville sans lumière. Je ne pouvais plus m’arrêter d’y penser par la suite.»

Plus de 15 ans ont passé avant qu’elle publie ce roman où la lumière et la technologie cèdent leur place à la survie. Entre temps, elle a publié trois romans policiers, dont la structure s’apparente à la façon de distiller l’information sur la transformation du monde dans Station Eleven.

«Révéler lentement les détails me semble une façon plus élégante et subtile de faire, plutôt que de débuter en illustrant la catastrophe, pour créer un effet fort sur les lecteurs. J’ai toujours fonctionné ainsi, dans tous mes romans.»

Friande des structures littéraires non linéaires qui multiplient les points de vue, Emily St.John Mandel fait découvrir aux lecteurs une myriade de personnages avant, pendant et après la crise.

Un acteur célèbre mort en pleine représentation du Roi Lear. Un ex-paparazzi devenu secouriste, dans l’espoir d’être un homme qui intervient dans le monde. La créatrice d’un livre graphique du nom de Station Eleven. Un homme qui vit désormais dans un aéroport abandonné. Les membres de la Symphonie itinérante, une troupe de musiciens et d’acteurs qui interprètent les plus grandes pièces de Shakespeare de ville en ville.

Parce que dans un monde post-catastrophe, survivre n’est pas suffisant (référence directe à la célèbre phrase de Star Trak « to survive is not enough »). Même là où l’espoir semble faire partie du passé, il se trouve toujours quelqu’un ou quelque chose pour raviver la flamme. Quelque chose qui, dans Station Eleven, penche du côté de l’art.

«Même aujourd’hui, dans les moments d’extrême désolation, on observe ce réflexe. Des humains jouent de la musique dans les camps de réfugiés, d’autres montent des pièces de théâtre en zones de guerre. Récemment, j’écoutais un reportage radio fascinant à propos d’une librairie secrète qui avait été mise sur pied dans une ville syrienne bombardée. Je pense que la culture peut être un antidote au chaos.»

Une chose est sûre, la popularité de Station Eleven est contagieuse. En plus d’être vendu partout dans le monde, le roman est en cours d’adaptation pour le cinéma.

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  • La librairie "M'Enfin" à Rennes
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  • Librairie "Les Beaux Titres" à Levallois-Perret
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  • Librairie "Les Volcans" à Clermont-Ferrand
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    La revue Reliefs aux éditions Panorama 5 "C'est une revue dont deux numéros sont parus. Le prochaine arrive en semptembre. La ligne ? L'exploration au sens le plus large: des sciences, de l'histoire, des technologies, de la littérature... Un bel objet très instructif ."
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  • Librairie "L'autre Rive" à Toulouse
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    Cinq Kopecks de Sarah Stricker aux éditions Piranha "Ce livre nous emmène dans la vie de la narratrice. Il parle de la seule faille. Enfant parfaite, élevée par un père tyrannique qui voulait qu'elle soit un géni en tout. Elle se promet une vie professionnelle assez grandiose puis épouse un homme qu'elle n'aime pas trop et tout à coup tombe amoureuse. Et toute la distance qu'elle avait auparavant s'écroule. L'amour s'incarne dans la personne d'un voisin. Il la chamboule. C'est un livre à la fois grave et très drôle. Les personnes sont danss l'exagération. La mère par exemple fait penser à Juliette Binoche dans le film Ma Loute. Le ton grave et humoristique m'a fait aimer ce livre mais aussi la peinture social du Berlin est après la chute du mur. Un roman assez complet et une chronique sociale de cette époque. Très beau style, assez chirurgical et avec un humour souvent grinçant."
  • Librairie "L'odeur du Temps" à Marseille
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    Boy, Snow, Bird de Helen Oyeyemi "Ca se passe dans l'entre deux guerre aux Etats-Unis. Il raconte l'histoire d'une jeune fille de 16 ans dont le pere a la main lourde. Elle s'enfuit et au bout de la ligne trouve refuge dans un foyer de jeune fille. Elle rencontre ensuite plusieurs personnes dont un type qu'elle ne supporte pas. Elle en tombe finalement amoureuse. Il s'agit d'un roman sur la question noire aux Etats-Unis mais pas seulement. Il se lit très facilement grâce à cette belle histoire et son humour un peu cynique par moment."
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