POLITIQUE
30/09/2016 10:03 EDT

Chefferie du PQ : «Les jeux ne sont pas faits», assure Martine Ouellet (VIDÉO)

Troisième dans les sondages, Martine Ouellet continue de croire qu’elle pourrait causer la surprise le 7 octobre prochain en prenant la tête du PQ.

QUÉBEC – Troisième dans les sondages, Martine Ouellet croit pouvoir causer la surprise le 7 octobre prochain en prenant la tête du Parti québécois. Et elle entend donner une toute nouvelle direction au parti si elle est élue. Voici la première de notre série d'entrevues avec les aspirants chefs du PQ.

«C’est un peu réducteur de dire que c’est une course à deux, parce que, vraiment, les jeux ne sont pas faits, assure Martine Ouellet. Nous, on le voit dans les sondages, le vote est très, très, très volatile.»

La députée de Vachon en est à sa deuxième course en deux ans pour la chefferie du PQ. En 2015, elle a obtenu un score de 13% contre Pierre Karl Péladeau. Le plus récent sondage auprès des «sympathisants péquistes» la crédite de 22% des intentions de vote, contre 37% et 36% pour ses adversaires Cloutier et Lisée.

Malgré cet écart important, Martine Ouellet rappelle que de nombreux électeurs ne se décident qu’à la dernière minute.

La souveraineté, tout de suite

Depuis le début de sa campagne, Martine Ouellet martèle la nécessité de promettre un vote sur l'indépendance dans un premier mandat. Pour elle, ce n’est pas le poing levé de PKP qui a causé la défaite du PQ en 2014, mais plutôt la promesse de Pauline Marois de ne pas tenir de référendum «tant que les Québécois ne seront pas prêts».

C’est à ce moment, bien après l’arrivée de PKP, que la campagne s’est «écrasée», analyse-t-elle. «Les gens sont restés chez eux parce qu’il n’y avait pas d’engagement clair à réaliser l’indépendance», dit Martine Ouellet.

«Maintenant, tous les candidats veulent refaire la même stratégie perdante de mettre l’indépendance en sourdine en espérant pouvoir gagner le pouvoir, alors que c’est exactement le contraire [qu’il faut faire]», ajoute-t-elle. La candidate mise plutôt sur la convergence avec Option nationale et Québec solidaire pour défaire les libéraux.

D'ailleurs, même si Alexandre Cloutier reprend la démarche référendaire de Pierre Karl Péladeau, Martine Ouellet doute de sa volonté de faire l’indépendance rapidement. «Pour tout le monde [avec PKP], c’était dans le prochain mandat, dit-elle. Alexandre refuse de se prononcer. Il change de discours à chaque fois.»

La candidate estime également que ses adversaires n’ont pas tiré les leçons qui s’imposaient de la défaite de 2014. «De ramener le débat ‘‘divisif’’, et la façon dont ils l’ont amené, sur la laïcité… je crois que c’est un dossier trop important pour qu’on le traite dans un cadre qui est plus réducteur comme une campagne électorale ou une course à la chefferie. Et de faire du clientélisme sur un dossier comme celui-là, je crois que ce n’est vraiment pas gagnant.»

Elle reproche à ses deux principaux adversaires leurs sorties sur les signes religieux. «Je trouve que c’est dommage d’instrumentaliser la question des signes religieux pour la course à la chefferie», dit-elle.

Pour sa part, Martine Ouellet souhaite interdire les signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité (policiers, juges, etc.), ainsi qu’à ceux du réseau de l’éducation.

Un PQ à gauche et revendicateur

Si elle prend la tête du PQ, Martine Ouellet entend amener le parti beaucoup plus à gauche sur l’échiquier politique. La candidate s’est déjà prononcée contre deux importants traités internationaux de libre-échange dans leur forme actuelle — l’accord Canada-Europe et le Partenariat transpacifique — parce qu’ils «avantagent les grandes corporations au détriment de l’économie québécoise».

La candidate souhaite également instaurer la gratuité scolaire de la maternelle à l’université et s’est dite ouverte à nationaliser l’accès à l’Internet.

«Je pense qu’il faut revenir à la social-démocratie et être plus proche du terrain, plus proche des groupes sociaux, explique-t-elle. Je pense que le parti s’en est un petit peu éloigné dans les dernières années.»

En tant que chef de l’Opposition officielle, Martine Ouellet utiliserait également les périodes de questions au Salon bleu pour faire valoir les avantages de l’indépendance. «Regardez les objectifs que le caucus péquiste s’est donnés pour la présente session : nationalisme économique, santé, éducation, illustre-t-elle. Ce sont tous des dossiers très importants, mais Robert Bourassa aurait pu avoir les mêmes objectifs.»

«Le Parti québécois, c’est un parti indépendantiste, c’est notre plus grand pouvoir de mobilisation, dit-elle. Mais certains, consciemment ou inconsciemment, le mettent en sourdine. Moi, je pense qu’on doit utiliser l’Assemblée nationale et la période de questions pour faire ressortir tous ces dossiers-là, et non pas, se limiter aux dossiers provinciaux.»

Est-ce à dire que l’indépendance est devenue un sujet tabou au sein du caucus du PQ? «Ça ressemble pas mal à ça», lâche la candidate.

Martine Ouellet donne l’exemple du dossier de la vente de Rona à des intérêts étrangers. Le PQ, estime-t-elle, aurait dû démontrer l’inaction du gouvernement fédéral dans le dossier. «Le Canada a décidé de protéger Potash Corp., à une certaine époque, parce qu’ils disaient que c’était essentiel pour le développement économique, mais il n’a pas protégé Rona, dit-elle. Il faut démontrer que, comme pays, on aura des poignées supplémentaires importantes pour, par exemple, protéger nos sièges sociaux.»

Là pour rester

La course a été difficile pour Martine Ouellet cette année. La candidate a été prise à partie par le chef intérimaire Sylvain Gaudreault pour des sorties publiques qui ont déplu à ses collègues. Jean-François Lisée l’a aussi enjoint a changé d’attitude si elle souhaitait faire partie de son équipe, advenant qu’il l’emporte.

Dans les deux cas, ces conversations au sein du caucus, censées demeurer secrètes, ont été éventées dans les médias. Martine Ouellet en a conclu que le caucus péquiste était devenu «un instrument» dans la course à la chefferie.

Malgré tout, la députée de Vachon entend se représenter en 2018. «Ça fait 30 ans que je suis au Parti québécois, souligne-t-elle. Dans les candidats à la chefferie, je suis clairement la plus enracinée, je vous dirais. […] Moi, je l’aime, le Parti québécois. C’est ma famille.»

Et quel que soit le résultat le 7 octobre prochain, Martine Ouellet entend bien continuer de brasser la cage de son parti en martelant l’urgence de réaliser l’indépendance. «Moi, venir en politique pour gérer du statu quo, franchement, ça ne m’intéresse pas», lance-t-elle.

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