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29/09/2016 20:46 EDT | Actualisé 30/09/2017 01:12 EDT

De l'Amérique au Viagra, trouver ce qu'on ne cherchait pas

Trouver ce qu'on ne cherchait pas, ou alors sans le faire exprès: de l'Amérique au Viagra, l'Histoire est riche de grandes découvertes dues au hasard, comme en témoigne plus d'un siècle de palmarès des prix Nobel.

Rayons X (physique 1901), pénicilline (médecine 1945), fullerènes ouvrant la voie aux nanotechnologies (chimie 1996), polymères conducteurs d'électricité (chimie 2000), bactéries responsables des ulcères (médecine 2005) sont au nombre de ces "découvertes heureuses" récompensées par le prestigieux Nobel.

Si en amour le hasard fait parfois bien les choses, "dans les sciences expérimentales il ne favorise que des esprits préparés", prévenait toutefois Louis Pasteur en 1854, en évoquant la mise en évidence de la relation entre électricité et magnétisme par le Danois Hans Christian Ørsted.

De même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Ørsted jouait innocemment avec son fil de cuivre et sa pile de Volta quand il a vu osciller une aiguille sur son pivot - ignorant que cette triviale trinité annonçait le télégraphe d'André-Marie Ampère.

Comme Pasteur, le scientifique néerlandais Pek Van Andel croit à l'imprévu. Mais celui-ci, assure-t-il, ne va pas sans une quête obstinée, et souvent une intuition rare. "Dans la plupart des cas je ne crois pas aux découvertes accidentelles mais aux observations accidentelles. J'utilise souvent la métaphore du promeneur parti cueillir un certain type de fleurs et qui en déniche de plus intéressantes", explique-t-il à l'AFP.

Spécialiste de ce qu'il appelle en français ces "trouvailles" réalisées dans des circonstances iconoclastes, il en a recensé un millier depuis la préhistoire.

Philosophes et artistes se sont intéressés à ce phénomène derrière lequel certains voudraient voir la main de Dieu. La mythologie livre un récit classique de sérendipité: sommé de retrouver Cérès terrée dans une grotte, Pan, incorrigible chasseur, préfère courir les forêts d'Arcadie afin d'y tuer du gibier mais tombe quand même, pendant la traque, sur Cérès...

En 1754, le philosophe anglais Horace Walpole propose d'appeler "sérendipité" "l'art de trouver, par accident et avec sagacité, ce qu'on ne cherchait pas". Le mot vient d'un conte oriental sur le roi de Serendip (nom du Sri Lanka en vieux-perse) qui envoya ses fils explorer (chercher, découvrir) le monde.

- Alchimiste étourdi -

Au chapitre des découvertes fortuites qui ont changé la face du monde, le débarquement de Christophe Colomb en Amérique, alors qu'il croyait avoir trouvé le chemin des Indes par l'ouest, en constitue sans doute l'exemple le plus universellement connu.

D'autres "trouvailles" dignes de l'alchimiste étourdi (certains parlent de "négligence contrôlée") remplissent les encyclopédies savantes.

En 1895, l'Allemand Wilhelm Röntgen découvre, de son propre aveu "par hasard", "des rayons qui pénètrent le papier noir". Comme il en ignore la nature précise, il les baptise rayons X, lesquels lui vaudront le premier prix Nobel de physique en 1901.

En 1928 à Londres, affairé à nettoyer des boîtes dans lesquelles prospèrent des colonies de staphylocoque, Alexander Fleming s'aperçoit en rentrant de vacances qu'une partie des bactéries a été tuée par l'invasion de spores - probablement un champignon cultivé par son voisin de laboratoire. Il identifie le tueur, et le nomme: pénicilline. Il partagera le Nobel de médecine en 1945 avec deux codécouvreurs.

Et ainsi de suite pour le four à micro-ondes, la structure de l'ADN, le Viagra (mis au point lors de recherches contre l'angine de poitrine), le Post-it, etc.

Pek Van Andel établit trois catégories de sérendipité: la pseudosérendipité (Fleming trouve ce qu'il cherche), la sérendipité positive (Röntgen trouve ce qu'il ne cherche pas), la sérendipité négative (Colomb trouve ce qu'il ne cherche pas et ne s'aperçoit pas de son erreur).

Pour Mark de Rond, ethnographe à l'université de Cambridge, la "sérendipité n'est pas synonyme de hasard, chance ou providence, mais renvoie à la capacité de combiner des événements" favorables. "L'agent humain, et non la probabilité, est au coeur" du mécanisme.

Le point commun entre les chercheurs souvent cités sur le sujet est qu'ils "ont vu des ponts là où les autres n'auraient vu que du vide", dit-il dans un article.

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