NOUVELLES
30/09/2016 02:09 EDT | Actualisé 01/10/2017 01:12 EDT

Climat: l'UE tente une ratification au pas de charge de l'accord de Paris

Les 28 se sont retrouvés vendredi à Bruxelles pour donner leur feu vert à une ratification accélérée par l'UE de l'accord de Paris contre le réchauffement climatique, qui se heurte encore aux craintes de certains pays sur la part précise de leur effort.

L'Union européenne s'inquiète d'apparaître à la traîne sur ce front, notamment depuis que la Chine et les Etats-Unis, principaux pollueurs de la planète, ont ratifié l'accord mondial sur le climat, désormais proche d'une entrée en vigueur.

D'où une procédure inédite, menée au pas de charge, pour ratifier l'accord de Paris, au nom de l'UE, sans attendre que chacun des 28 ne soit allé au bout de son processus national de ratification.

"Il y a un accord profond aux objectifs de l'accord de Paris, il n'y a aucune dissension sur le fond", s'est félicitée vendredi la ministre française de l'Environnement, Ségolène Royal, réunie avec ses homologues européens à Bruxelles pour autoriser cette ratification.

"Maintenant, il y a encore un certain nombre de points à clarifier concernant les points de vue des uns et des autres", a toutefois reconnu Mme Royal, présidente de la COP 21.

- 'Pas de 'marchandage' -

Certains pays, notamment la Pologne, demandent des garanties sur la manière dont les pays de l'Union devront se répartir l'effort collectif européen de réduction des émissions polluantes, pour appliquer l'accord de Paris après sa ratification par l'UE.

"Nous connaissons les préoccupations des Polonais concernant le developpement de leur économie énergétique", a dit vendredi le secrétaire d'Etat allemand à l'Environnement, Jochen Flasbarth. Mais "nous ne pouvons pas commencer un marchandage ici sur les objectifs climatiques nationaux", a-t-il averti, appelant ses homologues à donner un feu vert à l'UE.

D'autres Etats s'inquiètent aussi à l'idée que la procédure de ratification accélérée ne crée un précédent pour l'adoption d'autres accords internationaux.

A ce stade, six membres de l'UE (Allemagne, Autriche, France, Hongrie, Slovaquie et Malte) ont déjà ratifié l'accord au niveau national.

Mais "tous les pays ont désormais programmé leur procédure de ratification, c'est quand même une excellente nouvelle", a mis en avant vendredi matin Mme Royal.

Si les Etats membres donnent leur feu vert vendredi, le Parlement européen devra encore voter, probablement le 4 octobre, pour autoriser l'UE à ratifier. Une procédure écrite rapide entre Etats membres finaliserait ensuite la séquence.

L'accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement sous le seuil de 2°C par rapport au niveau pré-industriel, doit être ratifié par au moins 55 pays, représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre, pour devenir applicable.

La première condition est déjà remplie, et la seconde est sur le point de l'être: l'Inde, mais aussi le Canada, ont annoncé leur ratification imminente. Au 29 septembre, 61 parties comptant pour près de 48% des émissions ont entériné l'accord de Paris.

- Avant le 7 octobre -

Si l'UE, qui doit ratifier le texte comme chacun de ses Etats membres, n'a pas ratifié au moment de cette entrée en vigueur, elle ne participera pas aux premières prises de décision des parties prenantes lors de la COP22 qui doit s'ouvrir le 7 novembre à Marrakech (Maroc).

D'où le coup d'accélérateur des Européens ces dernières semaines. Ils veulent obtenir une ratification avant le 7 octobre, un délai de 30 jours étant ensuite nécessaire pour l'entrée en vigueur après le dépôt des instruments de ratification de la partie qui a fait franchir les deux seuils requis (au moins 55 pays et au moins 55% des émissions de gaz).

"L'UE veut que sa ratification soit celle qui déclenche l'entrée en vigueur de l'accord de Paris", a confié une source européenne.

La hausse des températures sur la Terre s'accélère et "il est nécessaire de doubler, voire tripler les efforts" prévus pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, ont alerté de leur côté sept éminents climatologues, issus de plusieurs pays, dans une analyse publiée jeudi.

cds/agr/ia