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30/09/2016 09:01 EDT | Actualisé 01/10/2017 01:12 EDT

Chypre: le chef de la diplomatie chypriote turque doute d'une réunification en 2016

Chypre sera-t-elle réunifiée avant la fin de l'année comme l'espèrent l'ONU et les deux dirigeants de l'île méditerranéenne divisée depuis 40 ans? Le propre chef de la diplomatie de la partie turque du pays n'y croit pas.

Tahsin Ertugruloglu était en tournée à Washington cette semaine et a dit à l'AFP tout le mal qu'il pense du "processus de négociation en cours (qui) est évidemment un échec".

"J'ai de sérieux doutes quant à la possibilité que ce processus produise un résultat acceptable" par les deux parties, a critiqué le ministre chypriote turc, exhortant la communauté internationale, pourtant optimiste sur un règlement, à changer de perspective sur ce conflit qui empoisonne cet Etat membre de l'Union européenne.

Dimanche encore, à la fin de l'Assemblée générale de l'ONU, le secrétaire général Ban Ki-moon avait rapporté que les deux dirigeants chypriotes avaient décidé "d'intensifier leurs négociations" pour sceller un accord de réunification avant fin 2016. M. Ban avait reçu ensemble à New York le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci et le président de la République de Chypre Nicos Anastasiades (chypriote grec).

- Réunification 'à portée de main' -

Et le toujours optimiste secrétaire d'Etat américain John Kerry a réaffirmé jeudi, dans un communiqué de félicitations pour l'anniversaire de l'indépendance du pays, "croire réellement qu'une Chypre réunifiée est à portée de main".

Il avait fait la même déclaration en décembre lors d'une visite à Nicosie.

Le dirigeant chypriote turc Akinci est un social-démocrate qui conduit depuis mai 2015 les discussions avec le président chypriote grec Anastasiades, sous l'égide de l'ONU, et qui se bat depuis longtemps pour réunifier la partie turque au nord et la partie grecque au sud.

Mais le chef de la diplomatie Ertugruloglu appartient au gouvernement conservateur du Premier ministre chypriote turc Huseyin Ozgurgun et "nous ne voyons pas les choses de la même manière que notre président" Akinci.

"Cela veut-il dire qu'il essaie de garantir un objectif pour les Chypriotes Turcs que nous n'accepterions pas? Je ne dis pas ça non plus", répond prudemment M. Ertugruloglu, accusant toutefois son propre président d'"être dans son propre univers politique".

L'argument massue du ministre est que les Chypriotes Turcs et les Chypriotes Grecs ne seraient pas traités et reconnus sur un même pied d'égalité.

"Tant qu'ils (les Chypriotes Grecs) continueront de jouir d'une reconnaissance internationale, ils n'auront aucun intérêt à partager quoi que ce soit avec un peuple qu'ils ne considèrent pas comme leur égal", dénonce le politicien.

A ses yeux, le processus parrainé par l'ONU est voué à l'échec puisqu'il considère la partie chypriote grecque comme un Etat souverain européen et les Chypriotes Turcs comme une minorité sécessionniste.

- 'Bonnes relations' avec Erdogan -

M. Ertugruloglu voudrait donc que soit reconnue une "égalité souveraine" pour la communauté turque telle qu'elle existait dans une Constitution de 1960, qui interdisait toute discrimination et disposait que le vice-président devait être un Turc.

"La Turquie ne laissera jamais l'île de Chypre devenir une île grecque", met en garde le ministre, soulignant que son gouvernement a de bonnes relations avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Selon l'émissaire onusien pour Chypre, le Norvégien Espen Barth Eide, les négociations depuis un an et demi ont permis d'avancer sur la gouvernance et le partage du pouvoir. Mais il reste des désaccords sur les arrangements territoriaux, droits de propriété et la sécurité.

La communauté internationale y voit la dernière chance d'un règlement de ce "conflit gelé".

L'île est divisée depuis l'invasion en 1974 de sa partie nord par la Turquie en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher Chypre à la Grèce et qui avait alarmé la minorité turcophone.

La République de Chypre, internationalement reconnue et dont l'autorité s'étend sur les deux tiers sud de l'île --où vit la communauté chypriote grecque-- est membre de l'UE depuis 2004.

La communauté chypriote turque vit dans le tiers nord de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) autoproclamée et reconnue seulement par Ankara.

Les Etats-Unis ont aussi un intérêt stratégique à voir Chypre réunifiée depuis qu'une compagnie américaine, Noble Energy, fut la première en 2011 à découvrir du gaz au large de l'île. Washington espère aussi qu'un règlement serve de "modèle" de paix dans un Moyen-Orient ravagé par les conflits.

nr-dc/elm