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29/09/2016 20:45 EDT | Actualisé 30/09/2017 01:12 EDT

Brésil: un tournant à droite attendu aux élections municipales

Aux commandes du Brésil depuis 13 ans, jusqu'à la destitution controversée de la présidente Dilma Rousseff, le Parti des Travailleurs (PT, gauche) risque une raclée lors des élections municipales dont le premier tour a lieu dimanche, un test avant la présidentielle de 2018.

Le PT qui prônait "l'éthique" est empêtré dans des scandales de corruption qui l'ont affaibli et ont désenchanté une bonne partie de son électorat.

Sa trajectoire a été brutalement interrompue avec la destitution le 31 août de Mme Rousseff et l'étau semble se resserrer dans le scandale Petrobras autour de son leader historique, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010).

"Les élections municipales au Brésil sont toujours un laboratoire pour les élections générales (président, gouverneurs et parlementaires) qui ont lieu deux ans après. Le PT avait beaucoup grandi en 2012 mais maintenant c'est le contraire, il va devenir un petit parti et cela va déterminer les conditions dans lesquelles il arrivera à la présidentielle de 2018", explique à l'AFP l'analyste politique André Cesar, à Brasilia.

- K.O à Sao Paulo? -

Rejeté par beaucoup en raison de la récession économique frappant le Brésil, le PT pourrait perdre la mairie de la plus grande ville du pays, Sao Paulo (12 millions d'habitants intra-muros et 8,8 millions d'électeurs), et plusieurs autres municipalités (d'un total de 5.568 dans le géant sud-américain).

Son maire actuel, Fernando Haddad, n'est qu'à la quatrième place dans les sondages pour le premier tour dimanche, ce qui le priverait de second tour (le 30 octobre) pour la première fois depuis 1992, selon une étude de l'institut Datafolha.

Le PT a déjà perdu 108 des 642 mairies qu'il avait conquises en 2012, d'après un décompte du parti de gauche, car il soutiendra dimanche des candidats d'autres formations dans ces villes.

Cependant, les 534 villes qu'il contrôle sont parmi les plus peuplées.

Le Parti mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre droit) de l'actuel président, Michel Temer, qui a remplacé Mme Rousseff, administre 996 municipalités et le Parti social démocrate (PSDB, droite) plus de 600.

"Le nombre de maires du PT va chuter de moitié par rapport à ceux qui ont été élus il y a quatre ans. Cela va être un désastre pour le parti, parce que cela veut dire qu'en 2018 il ne réussira à élire que 30 députés, la moitié de son score de 2014", prévoit David Fleischer, politologue de l'Université de Brasilia, tablant sur une désaffection similaire aux municipales et aux législatives.

- Croissance des évangéliques -

Un grand gagnant dimanche devrait être l'aile conservatrice et évangélique du Brésil, confirmant le tournant à droite marqué par l'ascension de M. Temer après l'"impeachment", soutenu par le Parlement le plus conservateur des 50 dernières années.

Marcelo Crivella, sénateur du Parti républicain du Brésil (PRB-droite) et ex-pasteur de l'Eglise Universelle du Royaume de Dieu, est ainsi en tête de course à Rio de Janeiro, deuxième ville du pays, avec 34% des intentions de vote.

Loin derrière lui, arrivent à égalité, avec 10% des intentions de vote, Pedro Paulo (PMDB), parti du maire actuel Eduardo Paes, et Marcelo Freixo (PSOL, extrême gauche).

A Sao Paulo, un autre candidat du PRB (droite), Celso Russomanno, est dans le peloton de tête.

Ces élections, les premières après la destitution de Mme Rousseff que cette dernière dénonce comme un "coup d'Etat" parlementaire orchestré par Michel Temer, son ancien vice-président, seront l'occasion aussi d'élire 57.931 conseillers municipaux.

Une série d'assassinats de candidats ou de personnes liées aux campagnes électorales, notamment en banlieue de Rio (15 morts), a augmenté les tensions qui persistent autour de cette destitution.

La dernière victime en date, José Gomes da Rocha, 58 ans, candidat de droite à la mairie de Itumbiara dans l'Etat de Goias (centre-ouest), a été tué par balles mercredi alors qu'il était en campagne. Le vice-gouverneur de l'Etat a également été blessé.

Face à cette violence, la sécurité sera renforcée dimanche par l'armée et la police d'élite dans 307 municipalités de 12 Etats (sur 27).

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