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29/09/2016 08:58 EDT | Actualisé 29/09/2016 09:05 EDT

Rosetta en route pour s'écraser sur la comète Tchouri

La sonde européenne Rosetta a entamé sa lente descente suicidaire vers la comète Tchouri sur laquelle elle doit s'écraser vendredi, marquant la fin d'une odyssée spatiale de plus de douze ans pour tenter de percer les mystères de la formation du système solaire.

Un tweet de l'Agence spatiale européenne (ESA) a confirmé que la sonde s'était placée, à l'heure prévue, sur une trajectoire la menant en collision avec Tchouri. "Prochain stop: 67P!", a écrit l'ESA sur Twitter.

Cette fin spectaculaire clôt un périple de 7,9 milliards de kilomètres, couronné par près de 26 mois de compagnonnage fructueux avec la comète 67P.

La sonde utilisera ses dernières forces pour tenter d'accumuler le plus de données scientifiques possibles pendant ces dernières heures.

"Nous sommes très excités", a déclaré Matt Taylor, responsable scientifique de la mission Rosetta, interrogé par l'AFP au Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne).

"Pendant la descente finale, nous allons nous trouver dans une région sur laquelle nous n'avons jamais prélevé d'échantillons", a-t-il ajouté.

La plupart des instruments de la sonde seront allumés pendant les dernières heures. Rosetta prendra des images de très près, elle "sniffera" les gaz, mesurera la température de Tchouri et sa gravité.

La mission Rosetta, décidée en 1993 par l'Agence spatiale européenne, vise à mieux comprendre la formation du système solaire. Les comètes, apparues il y a 4,5 milliards d'années, font partie des objets les plus primitifs de ce système.

La mission, qui a coûté 1,4 milliard d'euros, a permis de récolter une riche moisson de données qui vont donner du grain à moudre aux scientifiques pendant plusieurs années.

Elle a été marquée par les péripéties du robot-laboratoire Philae qui a réalisé une première historique en se posant pour la première fois sur une comète, le 12 novembre 2014. Silencieux depuis juillet 2015, il a été localisé début septembre par la sonde.

Rosetta, lancée en 2004, escorte depuis août 2014 la comète Tchourioumov-Guérassimenko. Mais celle-ci s'éloigne dorénavant de plus en plus du Soleil.

Dotée de grands panneaux solaires, la sonde commence à manquer de puissance. L'ESA a donc décidé de mettre un terme à l'aventure pendant qu'elle contrôle encore la sonde.

- Des 'puits' profonds -

Le drame se joue à plus de 720 millions de kilomètres de la Terre.

Jeudi soir, vers 20H50 GMT (22H50 heure de Paris), alors que la sonde se trouvait à 19 kilomètres de Tchouri, Rosetta a allumé ses propulseurs pendant trois minutes pour se placer sur une trajectoire la menant directement en collision avec la comète.

La confirmation a été reçue par la Terre quarante minutes après.

La descente de la sonde doit durer 14 heures.

Sur la fin, sa vitesse doit atteindre 90 centimètres par seconde (3,2 km/heure), "soit la vitesse de la marche humaine", note Sylvain Lodiot, responsable des opérations de vol de Rosetta à l'ESOC.

Rosetta n'a pas été conçue pour atterrir. Mais les ingénieurs ont tout fait pour que "l'impact contrôlé" de la sonde sur la comète, attendu vendredi aux alentours de 10h40 GMT , soit le moins rude possible.

Il faudra ensuite 40 minutes pour que la Terre soit informée. L'ESOC devrait donc avoir la confirmation de l'impact vers 11h20 GMT, à plus ou moins 20 minutes près.

La sonde a été programmée pour s'éteindre dès qu'elle entrera en contact avec la surface du noyau cométaire.

Rosetta doit se poser sur une zone située sur la tête de la comète qui comporte des "puits", sortes de dépressions circulaires larges et profondes, d'où s'échappent parfois des jets de gaz et de poussières.

"Nous espérons voir sur les flancs de ces puits des structures qui pourraient remonter à la période pendant laquelle la comète s'est formée et qui nous donneraient des indications sur l'évolution primordiale du système solaire", a déclaré à l'AFP Jean-Pierre Bibring, responsable scientifique en charge de Philae.

La sonde a déjà découvert que l'eau de 67P ne ressemblait en rien à celle de la Terre: cette famille de comètes n'a donc pas contribué à l'apport d'eau sur notre planète, comme le supposaient les scientifiques.

Elle a en revanche identifié des molécules organiques nécessaires à l'apparition de la vie, notamment des acides aminés, qui pourraient avoir participé à "l'ensemencement" de nos océans.

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