DIVERTISSEMENT
29/09/2016 08:31 EDT | Actualisé 02/10/2016 11:49 EDT

Lisa Leblanc offre l'album «Why You Wanna Leave, Runaway Queen»?

JFCYR

Dans la continuité de son mini-album Highways, Heartaches and Time Well Wasted (2014), la chanteuse et musicienne Lisa Leblanc offre cette fois un long jeu de douze morceaux livrés en majorité dans la langue de Shakespeare. Intitulé Why You Wanna Leave, Runaway Queen? le disque contient certaines similitudes avec la précédente production. Or, il est plus abrasif, plus rock et techniquement plus maîtrisé. Rencontre.

Austin, Asheville, Nashville, Lafayette ou encore New Orleans, la Néo-Brunswickoise d’adoption montréalaise s’est de nouveau gâtée durant l’automne 2015 en retournant dans ce Sud américain qu’elle affectionne tant. Un autre road-trip qui lui a permis de rencontrer «du bon monde» tout en se gavant de divers genres musicaux.

«Avant de faire l’album, j’ai fait un autre trip en Louisiane, c’est vrai, affirme d’entrée de jeu Lisa Leblanc. Mais musicalement c’est pas mal différent du EP. Puis contrairement à mon premier voyage, j’allais dans le Sud [américain] pour apprendre. J’étais gearée pour des cours de banjo et de guitare. Je suis allée dans un camp de musique de cinq jours, en Louisiane, qui s’appelle Blackpot Camp. Il y avait aussi des ateliers de danse. Weirdly enough, j’ai même fait mes premiers pas de square dance (danse carrée) […] Plus tard, j’ai aussi suivi un autre cours avec l’ami d’un ami, à Asheville en Caroline du Nord. Le gars a comme dix banjos.»

Bon point de départ pour concevoir un album, en effet.

lisa leblanc

Le cajun dans la peau

On ne peut en douter, Lisa Leblanc adore la musique cajun et l’univers qui l’entoure. «Je vais tout le temps retourner en Louisiane. Dès que j’ai de la musique cajun (pensons à la pièce Eh cher, écrite en français) dans les oreilles, le smile me vient dans la face. C’est vraiment une musique qui me fait du bien.»

Cela dit, Why You Wanna Leave, Runaway Queen? est loin de sonner juste cajun. C’est tantôt blues (I Ain’t Perfect, Babe), tantôt classic rock (City Slickers And Country Boys), tantôt western spaghetti (le passage sur Why Does It Feel So Lonely?). On retrouve même une touche de country hawaïen sur la railleuse chanson Dump the Guy ASAP, qui est une sorte d’OVNI sur le disque. Pour le reste, c’est folk un peu partout.

«Les chansons de l’album - excepté le morceau I Ain’t Perfect, Babe, fait au Manitoba - ont été composées et enregistrées à Montréal, explique Leblanc. Toutes les tounes, ou presque, ont été recordées de diverses façons. Par exemple, on a utilisé les micros [pour les instruments et la voix] de plein de différentes manières. C’était cool et un nightmare à la fois ! Toute l’originalité sonore du disque [enregistrement studio], c’est à cause du master Joseph Donavan (le réalisateur, qui fut grandement responsable de la prise de son et du mixage).»

Voilà ce qui explique notamment cet effet «room» sur quelques chansons (5748 KM et I Ain’t Perfect, Babe). C’est ce qui explique également cette énergie spéciale dans la voix de la chanteuse sur la très accrocheuse Could You Wait ’Til I’ve Had My Coffee. En fait, Lisa Leblanc explique que le réalisateur a superposé deux pistes vocales - méthode notamment utilisée par les Beatles - pour donner cet aplomb dans le chant. Selon Leblanc, la minutie de l’équipe technique en studio, dont Donavan, a créé une atmosphère particulière à son univers musical somme toute très personnel.

Du vécu, et plus encore

Sur bien des pièces, on peut sentir que Lisa Leblanc partage son intimité. Notons la timorée I Love You, I Don’t Love You, I Don’t Know ou encore la très jolie balade bluesy Why Does It Feel So Lonely (When You Are Around)?. D’ailleurs, le titre Why You Wanna Leave, Runaway Queen? est en quelque sorte inspiré de la propre existence de la jeune femme.

«Why You Wanna Leave, Runaway Queen, non, ce n’est pas une expression. La reine, c’est qui ? Euh, I don’t know… Ça réfère à n’importe qui, slash moi, envoie-t-elle en riant. C’est une ligne dans une de mes chansons. Il y a évidemment un gros lien avec mon trip aux States, avec la manière dont l’album a été créé, pis le fait que je voyage depuis que je suis toute petite. À mon retour de voyage l’an passé, je me suis forcée à rester à Montréal et avoir une vie normale pour les prochains quatre mois. C’était un gros challenge pour moi, parce que normalement, après une semaine quelque part, je décrisse! C’est un classique. Je ne peux pas rester en place. C’est aussi lié au mode de vie de la tournée, qui a toujours pris de la place dans ma vie, ces sept dernières années (elle a 26 ans)…»

«Sérieusement, la Queen, c’est moi. Presque toutes les tounes de l’album sont assez personnelles. La chanson I Ain’t Perfect, Babe, bien qu’elle soit très simple (banjo et voix), a été très difficile à écrire. C’est une des chansons les plus personnelles que j’ai écrites depuis le début [de sa carrière]. Je voulais livrer un message clair. Je voulais proposer une chanson honnête, de manière transparente. J’avais envie de dire que je n’étais pas parfaite et que j’étais écoeurée de me battre pour la perfection. Je voulais laisser aller. J’ai enregistré la chanson d’un bout à l’autre sans arrêter ni ajouter d’instrument…»

Ainsi, il y a quelques moments tendres sur ce nouvel album. Mais si vous espérez entendre un album délicat, détrompez-vous. En fait, il est passablement énergique. Pour certaines chansons, on dirait même que Lisa Leblanc a foncé tête baissée, à commencer par la fougueuse reprise d’Ace Of Spades, de Motörhead.

La route

Pour les prochaines semaines, la chanteuse offrira plusieurs concerts au Québec et dans quelques autres villes canadiennes, dont Toronto et Moncton. Elle sera accompagnée d’un groupe de musiciens. Les deux derniers mois de l’année, Lisa Leblanc ira revisiter quelques villes de la France et de la Belgique.

«J’aimerais bien aller au UK, en Allemagne et en Suisse. J’adorerais aussi me rendre en Scandinavie. Je capote sur cette région en Europe. L’Irlande, ça serait right le fun aussi. Je veux juste voyager pis triper, you know…»

«Le van de fou»

Toutes les photos qui habillent le nouvel album physique sont d’ailleurs inspirées d’un van ayant appartenu à ses grands-parents. Bien que le vieux véhicule n’ait pas servi à la chanteuse pour son séjour aux États-Unis, il sied à merveille pour exprimer l’état d’esprit dans lequel était plongé Lisa Leblanc lors du processus créatif de Why You Wanna Leave, Runaway Queen?

Dans un rire généreux et bruyant, l’auteure-compositrice-interprète explique que le van en question est en fait stationné devant le garage de son oncle au Nouveau-Brunswick. «C’est là où j’ai jammé presque toute mon adolescence. Mes grands-parents étaient des sérieux road-tripeux. Je les ai toujours vus dans ce van-là. C’est mon oncle qui a peinturé les animaux (dont un cheval monté d’une sexy guerrière)… Ça ne date pas d’hier que je tripe sur la route. The apple doesn't fall far from the tree. J’ai toujours adoré le van. En plus, mon grand-père est décédé en juin. C’est donc comme un hommage et en même temps un symbole de mon gros trip pour le voyage en Louisiane.»

---

Lisa Leblanc

Why You Wanna Leave, Runaway Queen?

folk, blues, rock

Bonsound

Sortie le 30 septembre

Voir aussi:


Galerie photo Lisa Leblanc Voyez les images