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28/09/2016 04:14 EDT | Actualisé 29/09/2017 01:12 EDT

Turquie: après l'euphorie, le coup de froid s'abat sur l'économie

La Turquie a beau fulminer après l'abaissement de sa note par l'agence Moody's en catégorie spéculative, il n'en reste pas moins que sa croissance économique s'essouffle et les conséquences du putsch avorté de juillet inquiètent les marchés.

Depuis l'arrivée au pouvoir en 2002 de l'AKP, le parti de la Justice et du développement du président Recep Tayyip Erdogan, le pays enregistrait de forts taux de croissance annuelle.

En même temps, des millions de Turcs ont vu leurs revenus croître et dans des régions reculées d'Anatolie des industries florissantes en germé.

Dans un contexte de crise économique globale, l'économie turque a surpris même les détracteurs des politiques du président Erdogan en affichant une bonne santé en 2015 avec un taux de croissance de 4% avant de faire mentir les scénarios les plus pessimistes prédisant son effondrement après la tentative de coup d'Etat de la-mi juillet.

Mais déjà avant l'annonce de l'abaissement par Moody's, l'économie avait commencé à montré des signes d'essoufflement.

"Les perspectives de croissance sont faibles. La demande domestique semble avoir baissé rapidement après la tentative de coup d'Etat, en raison d'un manque de confiance", explique à l'AFP William Jackson, économiste spécialiste des marchés émergents de la Capital Economics basée à Londres.

Selon lui, la croissance turque pourrait tout juste atteindre 2% en 2017. "Il est fortement probable que la croissance sera dans les années à venir plus faible qu'elle ne l'a été dans la dernière décennie", ajoute l'expert.

Et l'abaissement de la note par l'agence de notation Moody's la semaine dernière n'est pas de bon augure.

- Défaut de paiement -

Doutant de sa capacité à rembourser sa dette à long terme, Moody's a abaissé la note turque de Baa3 à Ba1, en raison d'un risque élevé de défaut de paiement. C'est la deuxième agence après Standard and Poor's, en juin, à dégrader la note du pays.

Pour justifier sa décision, Moody's a pointé du doigt le niveau élevé de son déficit et de sa dette extérieure qui, ensemble, représenteront 26% du PIB en 2016 et en 2017.

Concrètement, parmi les secteurs qui ont été particulièrement touchés, se trouve le tourisme, qui compte pour 4,4% du PIB et pour 15% des recettes extérieures. En juillet, le nombre de touristes global a baissé de 36,72%, tandis que ceux venus de Russie s'effondrait de plus de 93%, selon le ministère du Tourisme.

La multiplication des attentats en Turquie ces derniers mois, tantôt attribués aux jihadistes du groupe Etat islamique, tantôt revendiqués par la rébellion kurde, est sans doute responsable de ce déclin, estime Michael Harris, responsable de recherche à la banque d'investissement Renaissance Capital.

Sur un volet plus politique, la purge menée par Ankara au lendemain du putsch avorté, avec l'arrestation ou le licenciement de dizaines de milliers de personnes dans toute l'administration (magistrature, éducation, armée, police, etc), pourrait avoir des conséquences négatives sur la croissance, estime par ailleurs Moody's, qui s'interroge sur l'"efficacité" de la politique du gouvernement.

Selon Michael Harris, les marchés guettent la fin de l'état d'urgence, qui devrait s'achever en octobre, trois mois après sa promulgation. "A long terme, le moindre recul de l'Etat de droit a un impact sur l'investissement", explique le spécialiste.

"Tant que la confiance des marchés ne sera pas revenue, et que la crise politique ne sera pas derrière nous, il est plus probable que l'économie turque va décevoir", prévient-il.

Ulcéré par l'annonce de la dégradation de la note par Moody's, le gouvernement turc s'est vivement défendu. Le Premier ministre turc Binali Yildirim a ainsi estimé samedi que Moody's n'était "pas impartial" et le porte-parole du gouvernement Numan Kurtulmus a jugé qu'elle relevait d'une "motivation politique".

Cherchant à rassurer, le vice-Premier ministre Mehmet Simsek, figure appréciée des marchés financiers, a déclaré que les bases de l'économie turque sont "saines" et qu'elle n'est capable de résister aux crises. "La meilleure réponse à apporter aux agences de notation", a-t-il jugé sur Twitter, "c'est d'accélérer les réformes".

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