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28/09/2016 05:58 EDT | Actualisé 29/09/2017 01:12 EDT

Malnutrition: des enfants d'un petit port yéménite face à la mort

Yeux exorbités, os apparents, abdomen gonflé: ces symptômes d'une grave malnutrition sont visibles chez de nombreux enfants de la communauté de pêcheurs d'El-Khoukha, localité du sud-ouest du Yémen qui subit de plein fouet les conséquences de la guerre.

Allongé sur un lit de fortune en cordages tressés, un enfant ne cesse de pleurer sous le regard désespéré de sa mère, Hayet Ahmed.

"Nous n'avons pas de quoi manger. Nos hommes avaient l'habitude d'aller pêcher au large de Mokha et à Bab el-Mandeb, mais ils ne sortent plus en mer à cause de la guerre et des raids aériens. Nous sommes pauvres et nous n'avons plus rien", dit la femme voilée.

Aicha Ali, grand-mère d'un enfant dans les mêmes conditions, se lamente aussi. "Même s'il est calme maintenant, il n'a cessé de pleurer toute la nuit. Il souffre d'une sévère malnutrition et nous n'avons pas les moyens de le sauver".

Chronique au Yémen, pays le plus pauvre de la Péninsule arabique, la nutrition a été exacerbée par le conflit qui oppose depuis 2014 les rebelles chiites Houthis, accusés de liens avec l'Iran, au gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l'Arabie saoudite.

"La malnutrition chez les enfants est chronique au Yémen. Elle était de 30% en 2011 dans les provinces côtières occidentales (Hajja, Hodeida et Taëz), mais on a pu la ramener à 18% en 2015", a expliqué à l'AFP un représentant de l'Unicef à Sanaa, Mohamed al-Assadi.

"Mais, avec la situation actuelle (de conflit), elle a bondi à 31% rien que pour les cas de malnutrition grave", a-t-il ajouté.

Au niveau national, l'Unicef estime que les "enfants sont les premières victimes du conflit".

- Conséquence des pénuries -

"Près de trois millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire immédiate et 1,5 million d'enfants souffrent de malnutrition, dont 370.000 de malnutrition dite +aiguë sévère+, qui affaiblit leur système immunitaire au point de multiplier par dix les risques de mourir", ajoute l'organisation.

Pour M. Assadi, la malnutrition des enfants est la conséquence directe des pénuries de produits alimentaires, du manque d'eau potable et de l'effondrement du système de santé. L'absence de médicaments, le chômage et les salaires non payés des fonctionnaires y contribuent.

A El-Khoukha, une localité d'environ 5.000 âmes située à mi-chemin entre Hodeida, au nord, et Mokha, au sud, la situation est pire, selon un responsable local de la santé.

"Environ 50% des enfants souffrent de malnutrition grave", affirme à l'AFP Fouad al-Nahari, médecin qui dirige le centre de santé de la localité. Et cette proportion monte à 60% quand on s'éloigne un peu du centre de la localité, selon lui.

Abdallah Joblan, membre de l'administration locale, fait état de nombreux décès parmi les enfants souffrant de malnutrition.

- Blocus -

"Des organisations internationales travaillaient (directement) avec nous il y a deux ans. Elles le font maintenant par le biais d'agences du gouvernement (administration gérée par les rebelles, NDLR), mais cela ne donne pas le même résultat", relève-t-il.

El-Khoukha est située en zone contrôlée par les rebelles chiites qui se sont emparés de la capitale yéménite Sanaa en septembre 2014 avant d'étendre leur influence à des régions du nord et de l'ouest.

Embarcations détruites, insécurité en mer et manque de débouchés pour les produits de la pêche ont réduit l'activité. La flambée du prix du carburant empêche ou presque les sorties en mer.

Une coalition arabe sous commandement saoudien apporte depuis mars 2015 son soutien aux forces gouvernementales en menant des raids quasi-quotidiens contre les rebelles, et en imposant un blocus aérien terrestre et navale au Yémen.

"A chaque fois qu'on entend le bruit d'un avion, nous nous empressons de trouver un refuge en laissant derrière nos poissons et nos biens", affirme Ahmed Omar qui qualifie sa vie de "misérable".

"On avait l'habitude d'aller en mer, mais on a peur de le faire maintenant en raison des raids aériens. On ne peut plus subvenir à nos besoins avec ce qu'on pêche en mer", constate un autre pêcheur, Souleiman Zokhiam, avec en arrière plan de nombreuses barques échouées sur la plage.

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