NOUVELLES
28/09/2016 02:56 EDT | Actualisé 29/09/2017 01:12 EDT

Les chauffeurs de taxi transportent leur colère à l'Assemblée nationale

Les chauffeurs de taxi de la région de Montréal se réunissent au centre commercial les Galeries d'Anjou ce matin dans l'est de Montréal avant de prendre la route vers Québec où ils se rendront manifester devant l'Assemblée nationale. Ils sont déçus de la décision de la Cour supérieure du Québec de rejeter leur requête pour faire cesser les activités d'Uber.

Les chauffeurs de taxi ont rendez-vous à 7 h 30 à Anjou et devant l'Assemblée nationale à 11 h.

Le front commun de l'industrie du taxi avait présenté une demande d'ordonnance de sauvegarde devant la Cour supérieure du Québec afin de faire cesser les activités d'Uber. Le juge Michel Yergeau a toutefois statué qu'il n'a pas été convaincu de l'urgence d'agir dans le dossier en dépit du plaidoyer présenté par l'avocat du front commun, Marc-Antoine Cloutier.

Uber est présente depuis deux ans dans le marché, a argumenté le juge en substance, avançant que le front commun aurait dû s'adresser plus tôt au tribunal s'il y avait véritablement urgence d'agir. Sans légitimer les activités d'Uber, le juge a ainsi rejeté la requête du front commun du taxi.

« Les juges nous disent de ne pas avoir été vites [ndlr: pour déposer une injonction], mais il fallait bien attendre de savoir s'il y avait ou non préjudices, a déclaré le représentant du front commun de l'industrie du taxi, Guy Chevrette. « Quand vient le temps ensuite de faire une injonction pour arrêter le préjudice, ils nous disent tout à coup qu'on a trop attendus! On est complètement piégés! »

« On est écoeuré de se faire niaiser », affirme le représentant du Regroupement des travailleurs autonomes métallos (RTAM). Benoit Jugand. « Le gouvernement va nous avoir dans la face jusqu'à temps qu'on ait raison »

« On s'est fait fourrer »

L'industrie s'était tournée vers les tribunaux en réaction à l'entente conclue à la dernière minute entre le gouvernement du Québec et la société Uber. Elle consacre une industrie à deux vitesses, selon les chauffeurs de taxi, qui ne tolèrent pas que les chauffeurs d'Uber puissent travailler sans un permis qu'ils doivent de leur côté acquérir à fort prix.

Cette entente, qui doit entrer en vigueur jeudi, permettra à Uber de poursuivre ses activités dans le cadre d'un projet pilote d'une durée d'un an, sous un certain encadrement.

Déboutés devant les tribunaux, abandonnés par le gouvernement, les chauffeurs de taxi estiment n'avoir plus que la rue pour faire entendre leur colère.

« Ça fait depuis le mois de janvier qu'on se fait rencontrer par les ministres, par le gouvernement, par tout le monde, en nous disant : '' ayez confiance dans notre système. Vous savez on va vous régler ça ce problème-là. Vous allez avoir un système à une seule vitesse''. »

Le front commun soutient que trois juges ont confirmé « qu'Uber agit illégalement », mais ils s'estiment incapables de « sanctionner cette compagnie » en invoquant des « technicalités ».

« Le premier ministre du Québec nous a fait attendre tout ce temps, nous a fait travailler plus de cinquante mémoires, il nous a fait connaître cette année trois ministres des Transports, nous a fait patienter tout l'été après l'adoption de la nouvelle loi pour arriver à ce triste résultat pour nos investissements », déplore le front commun par voie de communiqué.

Le porte-parole du front commun et ancien ministre des Transports sous un gouvernement du Parti québécois, Guy Chevrette, a parlé d'un « tripotage de justice ».

Le front commun du taxi avait perdu la première manche, la semaine dernière, lorsqu'un autre juge avait refusé sa requête pour faire annuler l'entente de principe intervenue entre le ministère des Transports et Uber.

Le juge Yergeau entendra les chauffeurs de taxi sur le fond de la question en janvier. D'ici là, ils devront composer avec les chauffeurs d'Uber.

Les chauffeurs de taxi organisent une autre manifestation le 5 octobre prochain.

Guy Chevrette affirme que le gouvernement de Philippe Couillard détient « la clé » pour dénouer le litige. « Il n'a qu'à nous convoquer », affirme M.Chevrette.