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28/09/2016 07:38 EDT | Actualisé 29/09/2017 01:12 EDT

Financement et rouleau compresseur anglo-saxon; Coup de coeur francophone résiste

Coup de cœur francophone (CCF) célèbre son 30e anniversaire cette année. Quelques heures avant le dévoilement de la programmation de l'événement, qui se tiendra du 3 au 13 novembre, j'ai discuté avec le directeur général et artistique Alain Chartrand à propos de la pérennité du festival, de son soutien aux artistes et de son financement.

Un texte de Philippe Rezzonico

« Trente ans, c'est un signe de quelque chose. On a traversé le temps en relevant le défi de demeurer actuels, mais la mission demeure la même depuis tout ce temps : présenter la chanson francophone », résume Alain Chartrand, qui est là depuis les débuts du festival.

Il en a fait du chemin, le Coup de cœur francophone, depuis la présentation d'une poignée de spectacles en 1987. Et depuis plus de 20 ans (1995), il sillonne aussi les provinces et territoires afin de présenter la chanson d'expression française partout au Canada.

Contre vents et marées, le CCF a poursuivi son chemin en dépit des soubresauts politiques (référendum de 1995) et des tendances musicales venues des pays anglo-saxons (grunge, hip-hop et techno), tout en s'adaptant au renouvellement du paysage musical francophone, tant au Québec que sur le Vieux Continent. Quelles sont les raisons qui expliquent cette longévité?

« Le Coup de cœur a une signature très particulière, assure Chartrand. Il y a un esprit, il y a une élégance dans la façon dont on approche la chanson. L'image, le ton, la manière... Ce n'est pas un festival Budweiser. »

De tout temps, la chanson d'expression française a mené un combat qui semble parfois inégal contre la domination mondiale anglophone. Non seulement Coup de cœur francophone est demeuré un lieu de diffusion privilégié pour les artistes francophones, mais ce festival est, plus que jamais, un tremplin pour les rentrées, les lancements et les premières.

On sait déjà que le spectacle d'ouverture de cette année sera celui de la rentrée montréalaise d'Avec pas d'casque, qui présentera son disque Effets spéciaux (3 novembre). Richard Séguin (Les nouveaux horizons) fera aussi sa rentrée montréalaise, tout comme Catherine Durand (La pluie entre nous) et Saratoga (Fleur).

Klô Pelgag tiendra un spectacle pour le lancement de son nouveau disque (L'étoile thoracique) et Philippe Brach proposera une création originale (Bienvenue à Enfant-Ville). Pas moins d'une vingtaine d'événements spéciaux (rentrées, lancements et créations) sont prévus.

« Cette année, nous aurons entre autres une création de PPS Danse nommée Corps Amour Anarchie, qui porte sur l'œuvre de Léo Ferré, qui aurait eu 100 ans cette année. Pierre-Paul Savoie a conçu ce spectacle interdisciplinaire, qui mêle danse et chanson avec Bia, Alexandre Désilets, Michel Faubert et Philippe B. On est dans la même veine que pour le spectacle Danse Lhasa Danse, également produit par PPS Danse, que l'on avait fait pour le 25e anniversaire du Coup de cœur », précise Chartrand.

Ce qui était vrai durant les années 80, 90 et 2000 l'est tout autant dans les années 2010 : le financement demeure le nerf de la guerre quand vient le temps de présenter un festival. Coup de cœur francophone, qui dispose d'un budget global de 1 million de dollars (environ 700 000 $ pour l'escale montréalaise), s'en tire plutôt bien dans le contexte d'austérité des différents paliers de gouvernement.

« Outre Sirius, qui demeure notre commanditaire principal, nous avons deux nouveaux partenaires, Bell Media et Télé-Québec, sans compter Radio-Canada, qui demeure notre partenaire média principal à travers le Canada. »

« Le défi, c'est la commandite privée, car nous ne sommes pas un événement de masse. Le festival attire 20 000 personnes à Montréal et notre objectif n'est pas d'atteindre les 100 000 spectateurs. Ça demeure un projet d'artisans basé sur les partenariats et les alliances. La dominante, c'est de placer les réflecteurs sur les artistes émergents. »

Ce que Coup de cœur francophone fait très bien! Sans surprise, plusieurs des moments marquants du festival pour Chartrand sont liés à des artistes qui en étaient à leurs débuts lorsque l'événement annuel les a mis en vedette.

  • « Le spectacle d'Alain Bashung au Cégep Maisonneuve (1995), entre autres quand il chante Madame rêve. »
  • « La première présence de Jean Leloup (1988) au festival, qui a joué en première partie de Paparazzi. »
  • « Richard Desjardins, lui aussi, lors de sa première présence (1988), mais aussi en mode symphonique (2004), quand on a enregistré un disque. »
  • « L'arrivée d'une nouvelle génération d'artistes français, comme Arthur H et Dominique A dans les années 90. »
  • « Le spectacle de Danse Lhasa Danse, une création pour le 25e anniversaire. »

  • « Le spectacle en "anglais" de Dan Bigras, lors des débuts de festival. Une belle erreur du pitcher... »
  • « Le Français Miossec, qui fait du grabuge dans l'avion qui le mène à Montréal. Il avait été pris en charge par la GRC et avait fait quelques jours de prison. »
  • « Le groupe d'improvisation belge Les Disjoncteurs, que nous avions amené en tournée québécoise. Le leader/chanteur (bipolaire) a carrément disjoncté, au point où nous avons été obligés d'annuler le reste de la tournée. »

Le 30e Coup de cœur francophone, du 3 au 13 novembre