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28/09/2016 08:53 EDT | Actualisé 29/09/2017 01:12 EDT

En Syrie, la guerre fauche aussi le personnel soignant

De nombreux personnels et structures de santé ont été touchés et surtout visés par des tirs de missiles ou des raids aériens depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011.

Les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelle d'Alep, deuxième ville de Syrie, ont été touchés dans la nuit de mardi à mercredi par des bombardements qui sont, selon des ONG et des habitants, des attaques délibérées du régime de Bachar al-Assad et de son allié russe pour y annihiler les infrastructures.

La ville d'Alep, au nord du pays, est divisée depuis 2012 entre quartiers ouest contrôlés par le régime et secteurs est tenus par les rebelles et l'opposition au pouvoir de Damas.

"Les attaques délibérées contre les hôpitaux sont des crimes de guerre", a rappelé le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

"Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre (...) des hôpitaux", qui ne sont pas des objectifs militaires, est défini comme crime de guerre dans les statuts de la Cour pénale internationale.

Déjà, le 20 septembre, une frappe aérienne avait visé deux ambulances à Khan Toumane, localité rebelle au sud d'Alep, qui venaient évacuer les blessées d'un premier raid. Quatre ambulanciers et infirmiers avaient été tués.

- 757 soignants tués en cinq ans -

L'ONG américaine Physicians for Human Rights (PHR) a comptabilisé au total 382 attaques contre des établissements médicaux, dont 90% sont attribuées au régime du président Assad et ses alliés, de mars 2011 à fin juin 2016. Ces attaques ont coûté la vie à 757 professionnels de santé.

Selon PHR, "la majorité des attaques contre des structures de santé étaient des attaques ciblées, ce qui signifie qu'elles ont été délibérément choisies pour être détruites". Des barils d'explosifs ou des bombes à fragmentation ont été utilisés au moins en 74 occasions pour attaquer des hôpitaux, affirme l'ONG.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la Syrie est le pays le plus dangereux pour les personnels soignants avec 135 attaques contre des centres médicaux en 2015. 173 personnes ont été tuées lors de ces attaques, selon l'OMS.

De son côté, Médecins sans frontières (MSF) a indiqué qu'en 2015, 94 frappes aériennes et tirs de roquettes ont touché 63 hôpitaux ou cliniques qu'elle soutient. Douze structures ont été totalement détruites, alors que 81 membres du personnel médical ont été tués ou blessés.

- Hôpitaux bombardés -

Le 15 février 2016, un bombardement a visé un hôpital soutenu par MSF dans la province rebelle d'Idleb (nord-ouest), faisant 25 morts. "Cette attaque ne peut être que délibérée. Elle a probablement été menée par la coalition dirigée par le gouvernement syrien", selon l'ONG.

Et en avril 2016, des raids menés par le régime ont fait 31 morts, la majorité dans le bombardement d'un hôpital soutenu par MSF à Alep.

"Après cinq ans de guerre en Syrie, les infrastructures sanitaires sont décimées (...)."Les hôpitaux ne sont pas des lieux sûrs, ni pour les blessés, ni pour les soignants", estime l'organisation.

De son côté, le groupe extrémiste Etat islamique (EI), qui contrôle de vastes zones en Syrie, avait enlevé début 2014, 13 personnels de MSF, dont cinq avaient été retenus captifs pendant près de cinq mois.

Le conflit, déclenché par la répression sanglante de manifestations prodémocratie pacifiques, s'est transformé en une guerre complexe impliquant une multitude d'acteurs, syriens et étrangers. Elle a fait plus de 300.000 morts et déplacé plus de la moitié de la population.

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