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26/09/2016 02:49 EDT | Actualisé 27/09/2017 01:12 EDT

Rodrigo Rato, star déchue des conservateurs espagnols

C'était l'étoile montante du Parti populaire conservateur au pouvoir en Espagne et sa fierté lorsqu'il dirigeait le FMI. Rodrigo Rato, ex n°2 du gouvernement et ancien banquier, est désormais le symbole des errements de l'establishment.

A 67 ans, l'ancien espoir de la droite espagnole a été hué lundi par des manifestants lésés par la faillite de Bankia à son arrivée au tribunal de la banlieue de Madrid où il doit être jugé pour détournement de fonds.

L'ex directeur du Fonds monétaire international (2004-2007), y comparaît pour l'affaire des "cartes bancaires "au noir", un des volets de la complexe affaire Bankia.

Ancien dirigeant de cette banque, il est soupçonné avec 64 autres administrateurs de Caja Madrid, devenue Bankia, d'avoir financé des dépenses personnelles avec ces cartes bancaires "occultes", jamais déclarées au fisc.

Ministre de l'Economie et numéro deux du gouvernement Aznar pendant ses deux mandats (1996-2004), Rodrigo Rato était pressenti pour prendre les rênes de l'Espagne dans les années 2000.

C'était "le meilleur ministre de l'Economie" qu'ait connu l'Espagne, selon l'ancien chef de gouvernement de droite José Maria Aznar. "L'auteur du miracle économique espagnol", lançait encore en 2014 la numéro deux de son Parti populaire, Maria Dolores de Cospedal.

Mais sa brève expérience de banquier -deux ans comme président de Caja Madrid/Bankia de 2010 à 2012- sera fatale à sa carrière politique, en faisant de lui le protagoniste du plus grand scandale bancaire de l'histoire du pays.

- Successeur naturel -

Arrière-petit-fils de ministre, descendant d'industriels du nord de l'Espagne né le 18 mars 1949 à Madrid, il semblait destiné au sommet de l'Etat.

Considéré par José Maria Aznar comme son successeur naturel, il aurait repoussé ses avances par deux fois, selon les mémoires de l'ancien chef du gouvernement, avant de revenir sur sa décision. Trop tard: Mariano Rajoy était devenu le dauphin désigné.

Loin de signer la fin de sa carrière, cette hésitation avait propulsé Rodrigo Rato vers le FMI. Il devenait ainsi le premier Espagnol à en prendre la direction en 2004 tandis qu'en Espagne, son rival Rajoy perdait les élections.

Lorsqu'il avait écourté trois ans plus tard son mandat, la machine à rumeurs s'était emballée: le héros de la droite libérale revenait pour prendre la tête du parti.

Mais malgré une nouvelle défaite en 2008, Mariano Rajoy conserva la direction du PP. Deux ans plus tard, comme en lot de consolation, Rodrigo Rato fut nommé président de Caja Madrid, devenue Bankia en 2010 après sa fusion avec six autres caisses d'épargne.

Son euphorie lors de l'introduction en Bourse de Bankia en juillet 2011 ne durera guère.

Un an plus tard, le naufrage de la banque est fracassant: des milliers de petits actionnaires sont ruinés et l'Espagne forcée de demander un sauvetage européen pour son secteur financier, précipitant la descente aux enfers de Rodrigo Rato.

En parallèle des "cartes noires", M. Rato est poursuivi pour escroquerie, détournement de fonds et falsification des comptes lors de l'entrée en Bourse de Bankia. Son arrivée pour une audition en 2012 dans cette affaire s'était déjà faite sous les huées des manifestants.

- Fin de son avenir politique -

Il fait également l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent. Il aurait, selon le fisc, cherché à dissimuler des fonds pour éviter qu'ils soient saisis par la justice.

Attisée par la crise économique, l'indignation face aux affaires de corruption et aux scandales financiers est au plus fort en Espagne.

Expulsé du parti fin 2014, Rodrigo Rato pense lui avoir été lâché pour permettre à son ancienne formation de démontrer qu'elle est désormais mobilisée contre ces scandales.

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