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25/09/2016 23:42 EDT | Actualisé 26/09/2017 01:12 EDT

Paris veut rendre aux promeneurs les berges de la Seine, interdites aux voitures

Bucoliques et romantiques, les berges de la Seine, au coeur de Paris, vont être définitivement interdites aux voitures au nom de la lutte contre la pollution, pour être rendues aux piétons et aux cyclistes.

Le conseil de Paris doit adopter lundi ce projet porté par la maire de la capitale, Anne Hidalgo, soutenue par la majorité socialiste et écologiste, mais combattu par la droite parisienne, qui craint son impact pour les commerces et les automobilistes.

Le plan prévoit de fermer sur 3,3 kilomètres la voie rapide qui traverse Paris d'ouest en est, en longeant son fleuve et quelques unes de ses perles architecturales, dont la cathédrale Notre-Dame. Un parcours classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1991.

Pour la maire socialiste, qui a fait de la réduction de la place de la voiture en ville l'un de ses grands chantiers, cette décision va "dans le sens de l'Histoire".

"Paris est une ville qui est trop polluée, une ville dans laquelle il y a des morts liés à la pollution", souligne régulièrement Anne Hidalgo.

Elle a donc passé outre un avis défavorable - consultatif - d'une commission d'enquête publique.

La ministre de l'Environnement Ségolène Royal la soutient ainsi que cinq pneumologues reconnus, selon lesquels la pollution de l'air entraîne "2.500 décès par an à Paris et 6.600 à l'échelle de la Métropole".

- 'Privilège' ou nécessité ? -

Les Parisiens sont plus partagés, mais 55% d'entre eux y sont favorables, dont Odile et Alain, deux retraités qui "marchent tout le temps" et sont "100% pour".

"On est rentrés samedi de notre maison de campagne. Dimanche, j'avais les yeux qui pleuraient, le nez qui coulait. Paris est pollué et les gens ne s'en rendent même plus compte !", estime Odile.

Pour Véronique Gryson, qui habite la banlieue parisienne, "c'est un privilège un peu cher payé" s'il "enquiquine des milliers d'automobilistes". "En septembre, il fait encore beau et il y a beaucoup de monde. Mais comment ce sera en janvier ou février ?", s'interroge-t-elle.

Près de 19.000 personnes ont signé une pétition soutenant le projet, tandis que l'association "40 millions d'automobilistes" a rassemblé 12.000 signatures d'opposants.

Le pari de la municipalité est qu'une partie des automobilistes optent pour les transports en commun ou le co-voiturage, et que ceux qui ne le peuvent pas empruntent des trajets alternatifs. Des études scientifiques sur des cas comparables invoquent une "évaporation" de voitures, de 10 à 20%.

A droite, les élus ne contestent pas la lutte nécessaire contre la pollution mais ils craignent l'enfer de bouchons, encore plus polluants, pour les habitants de banlieues qui viennent travailler à Paris.

Autre inquiétude, l'impact pour les cafés, commerces et restaurants installés sur les quais hauts, qui risquent d'être pénalisés par des embouteillages plus fréquents.

Dernier grief, les élus de droite déplorent le "manque de concertation" de la maire de Paris et une décision trop précipitée.

"C'est un projet qu'on porte depuis 15 ans. Je ne sais pas si au bout de 15 ans on peut considérer que la démarche est brutale, mais il y a un enjeu de santé publique", a rétorqué lundi matin Anne Hidalgo.

La mairie fait enfin valoir que la voie est déjà fermée depuis la mi-juillet en raison de l'installation Paris Plages, sans que cela ait entraîné "l'Apocalypse annoncée".

ff-mw/rap