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26/09/2016 08:39 EDT | Actualisé 27/09/2017 01:12 EDT

Les pénuries s'aggravent à Alep sous les bombes, Moscou accusé de "barbarie"

Pain et médicaments se raréfient dans les quartiers rebelles de la métropole d'Alep sous le feu d'intenses bombardements du régime syrien et de la Russie, désormais accusés de "crimes de guerre" par les Occidentaux.

"Nous avons supporté les bombardements ces dernières années et n'avons pas quitté Alep. Mais maintenant il n'y a ni pain, ni eau potable, rien dans les marchés. La situation empire de jour en jour", a témoigné lundi Hassan Yassine, 40 ans.

Ce père de quatre enfants a dû quitter avec sa famille son appartement au 3e étage pour se réfugier dans un magasin au rez-de-chaussée afin de tenter d'échapper aux raids menés sur son quartier de Ferdous.

Pour la quatrième nuit consécutive, les bombes ont continué à tomber sur la partie est d'Alep, contrôlée par les rebelles depuis 2012.

Les bombardements ont tué lundi 12 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, qui dénombre au moins 140 morts, essentiellement des civils, depuis le début jeudi d'une offensive majeure du régime pour reconquérir la totalité d'Alep.

L'objectif du régime est de "reconquérir toutes les régions en Syrie" échappant à son contrôle, a affirmé une source militaire à l'AFP.

Totalement assiégés, les 250.000 habitants des quartiers rebelles d'Alep ne reçoivent plus d'aide de l'extérieur depuis pratiquement deux mois et sont privés depuis samedi d'eau à cause des bombardements selon l'Unicef.

Les hôpitaux encore en état de fonctionner "font face à une très forte pression en raison du nombre élevé de blessés et du manque de sang disponible lié en partie à l'absence de chirurgiens spécialisés dans les transfusions", a dit lundi une source médicale à l'AFP.

"De ce fait, les blessés les plus sérieux sont immédiatement amputés", explique-t-elle.

- 'Barbarie' -

"Les patients sont allongés sur le sol (...) et les équipes médicales épuisées travaillent à la limite de la résistance humaine", a pour sa part relaté le docteur Abou Rajab, de l'ONG Save the Chidren. Selon lui, près de la moitié des patients dans les hôpitaux sont des enfants.

Dans la rue, le coût des produits grimpe de jour en jour. Le correspondant de l'AFP a ainsi constaté que le prix d'une ration de sept miches de pain avait augmenté de 70% par rapport à la semaine dernière. Certains produits de base, comme le sucre, ne sont plus disponibles.

"Nous prenons désormais un repas par jour. Mes enfants et moi n'avons pas mangé à satiété depuis deux semaines", raconte Hassan Yacine.

Les associations caritatives ont en outre arrêté depuis vendredi les distributions de repas de peur des bombardements. L'un d'eux a frappé une file d'habitants attendant d'être servis, selon le correspondant de l'AFP.

Les pays occidentaux ont nettement durci le ton face au régime et surtout la Russie, accusée directement d'organiser l'offensive sur Alep.

"Ce que la Russie soutient et fait (à Alep), ce n'est pas de la lutte antiterrorisme, c'est de la barbarie", a lancé l'ambassadrice américaine Samantha Power dimanche soir devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

"Des crimes de guerre sont commis" à Alep et ils "ne peuvent pas rester impunis", a affirmé l'ambassadeur français François Delattre, accusant Damas et Moscou de chercher une solution militaire en Syrie.

- 'Ton inadmissible' -

L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft a évoqué une saisine de la Cour pénale internationale, compétente pour les crimes de guerre. La dernière tentative du Conseil pour le faire s'était soldée par un veto russe.

La Russie a vivement dénoncé lundi le "ton et la rhétorique inadmissibles" des ambassadeurs américain et britannique.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a jugé la situation en Syrie "extraordinairement compliquée" et a regretté qu'il n'y ait "toujours pas eu de séparation entre la soi-disant opposition modérée et les terroristes" à Alep.

Ailleurs en Syrie, 131 rebelles et 119 membres de leurs familles ont été évacués lundi du dernier quartier rebelle de la ville de Homs (centre) et transférés vers une zone sous contrôle rebelle dans le nord de la province de Homs.

Il s'agit de la troisième évacuation du genre du quartier de Waer depuis la conclusion en décembre d'un accord prévoyant que ce secteur passe sous le contrôle de l'armée syrienne en échange de la levée d'un siège imposé depuis trois ans.

Quelque 600.000 personnes vivent assiégées à travers la Syrie, selon l'ONU.

Une aide est parvenue dimanche pour la première fois depuis six mois à quatre localités assiégées: Madaya et Zabadani, encerclées par les troupes du régime dans la province de Damas, et Foua et Kafraya, assiégés par les rebelles dans la province d'Idleb (nord-ouest), selon le CICR.

Le conflit syrien a fait plus de 300.000 morts depuis 2011, selon l'OSDH, et engendré la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

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