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26/09/2016 06:21 EDT | Actualisé 27/09/2017 01:12 EDT

Le "James Bond allemand" jugé pour une fraude fiscale géante

Werner Mauss, un ex-agent secret de 76 ans surnommé le "James Bond allemand" par la presse, comparaît à partir de lundi devant la justice allemande pour avoir soustrait quelque 15 millions d'euros au fisc, des accusations qu'il réfute en bloc.

Le procès, l'un des plus importants en matière fiscale de ces dernières années en Allemagne, s'est ouvert en milieu de matinée devant le tribunal de Bochum (ouest), a constaté un journaliste de l'AFP.

Mauss, qui comparaît libre, portait une veste dont il avait la capuche rabattue sur sa tête. Il a gardé le silence pour ce premier jour d'audience, invoquant le secret imposé par ses anciennes activités pour le compte de la police et des services de renseignement allemands.

Le Parquet lui reproche d'avoir dissimulé d'importantes sommes d'argent dans des fondations enregistrées sous trois faux noms à l'étranger, notamment aux Bahamas, selon l'agence allemande DPA.

Au total, il lui est reproché une fraude fiscale de plus de 15 millions d'euros entre 2002 et 2013, des faits que l'ancien espion réfute : il n'a fait qu'administrer les sommes placées dans ces fondations dont les objectifs étaient purement humanitaires, et conteste l'existence de comptes cachés.

Il encourt jusqu'à dix ans de prison.

Qualifié par la presse allemande de "James Bond allemand", Werner Mauss, à l'origine un détective privé, a effectué pour le compte du gouvernement allemand de multiples missions liées notamment à la libération d'otages.

Lors de sa carrière, il a ainsi eu affaire "avec des terroristes, des juntes, des cartels de la drogue et des rebelles", selon DPA.

Entre autres faits d'armes, il aurait aidé à l'arrestation en 1976 en Grèce de Rolf Pohle, un ancien proche du groupe d'extrême-gauche armé la Fraction Armée Rouge (RAF) à Athènes.

Très actif en Colombie, il a également négocié pour le compte d'entreprises allemandes afin d'obtenir la libération d'employés enlevés par des guérilleros.

L'activité controversée de celui qui se présente sur son site comme un "agriculteur diplômé" reconverti en "expert en criminalité", a été abondamment commentée en Allemagne, faisant l'objet de multiples articles dans la presse.

Mauss a affirmé à DPA avoir passé au printemps dernier "quatre jours en Amérique du Sud à dos de mulet pour obtenir la libération d'otages". Sur son site, il dit aussi avoir aidé "au démantèlement de plus de cent associations criminelles et à l'arrestation d'environ 2.000 personnes".

Selon les quotidiens allemands Handelsblatt et Süddeutsche Zeitung, les enquêteurs du fisc sont parvenus jusqu'à Mauss via un CD de données bancaires, acheté en 2012 par l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie à un lanceur d'alerte de la banque suisse UBS.

Selon l'acte d'accusation lu lundi à l'audience, Mauss a été brièvement interpellé en décembre 2012, juste après l'acquisition de ce CD. Il avait à l'époque versé un acompte de 4 millions d'euros au fisc ainsi qu'une caution d'un million d'euros.

Son nom était également apparu dans les "Panama Papers". Werner Mauss avait déjà à l'époque réfuté toute fraude fiscale.

Le procès doit s'achever le 19 décembre.

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