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26/09/2016 01:42 EDT | Actualisé 27/09/2017 01:12 EDT

L'ex-patron du FMI Rodrigo Rato sur le banc des accusés en Espagne

L'ex-patron du Fonds monétaire international Rodrigo Rato s'est assis lundi pour la première fois sur le banc des accusés en Espagne en tant qu'ancien banquier, présumé responsable d'un "système corrompu" de détournements de fonds.

"Voleur!" "Escroc!". A son arrivée au tribunal, l'ancien ministre espagnol de l'Economie a essuyé sans broncher les tombereaux d'insultes lancés par une quinzaine de manifestants, épargnants ou petits actionnaires, l'accusant de les avoir "ruinés" lors de la vaste "affaire Bankia".

Un cartable à la main, M. Rato, 67 ans, est entré sans rien dire dans l'annexe de l'Audience nationale située en banlieue de Madrid où le procès doit durer jusqu'en décembre.

Ancien pilier du Parti Populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy actuellement au pouvoir en Espagne, il fut le vice-président du gouvernement de José Maria Aznar de 1996 à 2004 avant de diriger le FMI jusqu'en 2007.

Sa carrière de banquier ne dura que de 2010 à 2012 mais aboutit au plus grand scandale bancaire de l'histoire du pays: l'entrée en bourse, désastreuse et présumée frauduleuse, de Bankia en 2011 puis sa nationalisation par l'Etat pour lui éviter la faillite. Le fiasco avait précipité un sauvetage européen du secteur bancaire espagnol de 41 milliards de prêts.

M. Rato comparaît pour l'un des volets de l'affaire: le dossier des "cartes visa au noir".

Il est jugé en même temps que 64 hauts dirigeants (bien 64, un des prévenus étant décédé) et membres des conseils d'administration de Caja Madrid puis de Bankia, conglomérat né en 2011 de la fusion de sept caisses d'épargne. Tous sont accusés d'avoir payé leurs dépenses personnelles avec des cartes bancaires "occultes", sans rien justifier ni déclarer au fisc.

Les frais acquittés allaient du simple plein d'essence au séjour en hôtel cinq étoiles, en passant par l'achat de sacs Vuitton... Et le procès concerne 12 millions d'euros détournés entre 2003 et 2012.

Selon l'acte d'accusation, M. Rato a maintenu le "système corrompu" établi dès 1999 par l'ancien président de Caja Madrid, Miguel Blesa, puis l'a reproduit au sein de Bankia.

Lui-même avait dépensé en deux ans 99.000 euros qu'il a remboursés avant le procès. Le parquet anticorruption requiert 4 ans et demi de prison à son encontre et le remboursement de plus de 2,6 millions d'euros, correspondant aux sommes détournées sous sa présidence.

Parmi les autres prévenus figurent de nombreux membres du PP et quelques personnalités de syndicats et partis de gauche, dont un représentant du parti Izquierda Unida accusé d'avoir dépensé 456.500 euros.

M. Blesa encourt la plus lourde peine: six ans de prison requis par le parquet.

Ironie de l'histoire, l'ancien inspecteur des impôts n'avait rien déclaré au fisc de ses 436.000 euros de dépenses en sept ans.

- 'petite carte pour voler' -

"M. Blesa gagnait 3,5 millions d'euros par an mais en plus il avait sa +petite carte+ pour voler tout ce qu'il voulait", accusait lundi à l'extérieur du tribunal un chauffeur à la retraite, furieux. Cet homme de 65 ans, Antonio Hernandez disait, lui, avoir perdu l'essentiel de ses "36.000 euros" d'économies par la faute de Caja Madrid, comme des milliers d'épargnants ruinés par l'achat de produits bancaires "toxiques".

Le journal eldiario.es avait été le premier à révéler l'affaire fin 2013, après avoir reçu 8.000 courriels piratés de la boîte mail de M. Blesa, récupérés par un réseau de citoyens issu du mouvement des indignés.

La publication des dépenses à tout-va des banquiers avait soulevé l'indignation dans le pays en crise depuis 2008. "Au même moment on nous disait que les Espagnols devaient se serrer la ceinture parce qu'ils avaient vécu au-dessus de leurs moyens!", témoigne la journaliste Belen Carreño de eldiario.es.

La directrice du FMI, Christine Lagarde, sera jugée en décembre en France pour "négligence" lorsqu'elle était ministre de l'Economie dans une affaire d'arbitrage dont a résulté un détournement de fonds publics.

Auparavant, le Français Dominique Strauss-Khann avait démissionné en 2011 de la direction du FMI, pour une accusation d'agression sexuelle. Mis en cause dans différentes affaires, il a toujours bénéficié de non-lieux ou relaxes.

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