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26/09/2016 07:37 EDT | Actualisé 27/09/2017 01:12 EDT

Exaspération à Bruxelles et Rome après le vote anti-frontalier en Suisse

La Suisse a provoqué lundi l'exaspération de l'Union européenne et de l'Italie après le vote du canton italophone du Tessin en faveur d'une limitation du nombre de travailleurs étrangers sur son territoire.

Cette question est suivie de près en Suisse, qui ne fait pas partie de l'UE, à Bruxelles mais aussi au Royaume-Uni, dans le contexte du Brexit et de la future relation que Londres cherchera à négocier avec l'UE. D'où la volonté de Bruxelles de se montrer ferme.

"Les quatre libertés fondamentales du marché intérieur (libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux, ndlr) sont inséparables, et dans le contexte suisse cela veut dire que la libre circulation des personnes est fondamentale", a déclaré lundi lors d'un point presse Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne.

La colère des Italiens, qui sont nombreux à traverser la frontière pour travailler dans le canton du Tessin, ne s'est elle aussi pas faite attendre.

Alors que le président de la Lombardie (nord de l'Italie), Roberto Maroni (Ligue du Nord), a promis dimanche soir d'étudier des "contre-mesures adéquates", lundi le ministère des Affaires étrangères italien annonçait dans un communiqué que les chefs de diplomatie suisse et italien se sont parlé au téléphone à propos du référendum.

Lors de cet entretien, le ministre des Affaires étrangères italien Paolo Gentiloni "a répété que toute discrimination envers nos frontaliers serait un obstacle à l'entente entre l'UE et la Suisse".

Le communiqué ajoute que le ministre suisse des Affaires étrangères Didier Burkhalter "a confirmé que le référendum d'hier dans le canton du Tessin n'aurait pas de conséquences immédiates pour les travailleurs frontaliers italiens".

A Berne, les autorités fédérales ont indiqué à l'AFP que le vote des Tessinois implique une modification de leur Constitution cantonale qui nécessite l'aval du gouvernement et du Parlement suisse, qui "prendra la décision finale".

"En tout état de cause, la procédure peut être relativement longue (plusieurs mois, voire plusieurs années)", a spécifié à l'AFP une porte-parole du secrétariat d'Etat aux migrations.

- "Les nôtres d'abord" -

Le texte s'intitulant "Les nôtres d'abord" et soumis au vote par l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) a été adopté dimanche par 58% des électeurs du Tessin.

Il exige que la Constitution du Tessin stipule désormais "que sur le marché du travail soient privilégiés, à qualifications professionnelles égales, ceux qui vivent sur son territoire par rapport à ceux qui viennent de l'étranger", avec pour objectif de lutter contre le "dumping salarial" et le chômage.

Sur les 200.000 postes de travail existant au Tessin, 63.000 sont occupés par des frontaliers, selon la radio télévision suisse publique RTS.

Quant au chômage, il atteignait fin août 3,2% au Tessin contre 3,1% dans l'ensemble de la Suisse.

"Le vote ne va pas faciliter d'une quelconque manière des discussions déjà difficiles", a estimé la porte-parole de la Commission européenne.

L'UE et la Suisse sont engagés depuis des mois dans des négociations --qualifiées d'"intenses" à Bruxelles--, pour déterminer de quelle manière Berne pourrait faire appliquer un précédent vote populaire de 2014, à l'échelon national, en faveur de l'introduction de quotas annuels de migrants.

Ce système, censé entrer en vigueur en février 2017, fait l'objet d'intenses négociations entre la Suisse et l'UE, mais sans succès.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker, qui était la semaine dernière en visite à Zurich, doit revoir fin octobre le président suisse Johann Schneider-Ammann pour tenter de parvenir à "un accord acceptable pour les deux parties".

Pour l'UDC, l'initiative vise à trouver une solution pour le marché du travail au Tessin, dans l'attente des mesures prévues au niveau fédéral.

A Genève, où plus de 95.000 personnes sont au bénéfice d'un permis de travail frontalier, le vote des Tessinois a été salué par le Conseiller d'Etat Mauro Poggia, membre du parti anti-frontalier MCG (Mouvement citoyens genevois).

"Avant d'inviter à table des personnes qui viennent d'ailleurs, il faudrait que la famille ait suffisamment à manger", a-t-il dit sur les ondes de la RTS.

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