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21/09/2016 04:36 EDT | Actualisé 22/09/2017 01:12 EDT

Turquie: dans la ville conservatrice de Konya, prospérité économique rime avec Erdogan

A Konya, au coeur de la steppe anatolienne, la popularité du président Recep Tayyip Erdogan semble se mesurer à l'aune du formidable essor économique réalisé sous son règne, mais le ralentissement actuel risque de mettre cette admiration à l'épreuve.

"Nous sommes tous unis avec notre commandant en chef", proclame une banderole géante déployée sur un immeuble de Konya. Panneaux et drapeaux louent eux aussi M. Erdogan, aux manettes de la Turquie depuis 2003 en tant que Premier ministre avant de devenir président en 2014.

Et la tentative de coup d'Etat, survenue le 15 juillet, dont la responsabilité a été attribuée à l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, n'aura pas entamé cette confiance envers le leader turc. Bien au contraire.

Dans cette ville de plus d'un million d'habitants, le putsch raté n'a fait en effet que renforcer la popularité du dirigeant turc qui y avait recueilli près de trois-quart des bulletins de vote lors de l'élection présidentielle en août 2014. Un score réitéré par son parti lors des législatives de novembre 2015.

La ville pieuse, animée par un islam conservateur prôné par M. Erdogan, est devenue le symbole des "tigres anatoliens", ces villes qui jouissent d'une hausse de la croissance et d'une certaine prospérité, avec l'émergence d'industries florissantes. A Konya, le tissu économique s'appuie sur environ 30.000 petites et moyennes entreprises.

Infrastructures, nouveau tramway, trains à grande vitesse pour relier Konya à Istanbul, mais aussi à Ankara, construction d'un stade de 40.000 places: la ville s'est littéralement transformée pendant la dernière décennie.

- 'Le peuple l'aime' -

"Le destin de Konya a changé après l'arrivée au pouvoir de l'AKP. En 15 ans, l'économie, les routes, le tourisme ont été développés", affirme à l'AFP un de ses habitants, Murat Tuncerten.

"Nous faisons encore plus confiance à Erdogan depuis la tentative de coup d'Etat. Le peuple l'aime et lui, aime le peuple. Il a demandé ce soir-là (le 15 juillet, ndlr) aux gens de sortir dans les rues, et ils l'ont fait pour +Tayyip+ et leurs compatriotes", ajoute-t-il.

"Je connais des gens qui sont sortis dans les rues pour s'opposer au coup d'Etat mi-juillet (parce que) l'AKP a réalisé en 10 ans ce que personne n'avait fait en 50. Les gens sont devenus riches, la vie est meilleure", confie un autre habitant, Mehmet Arikar.

De fait, le souvenir de la crise économique des années 2000-2001 qui avait obligé la Turquie à emprunter plusieurs milliards au Fonds monétaire international (FMI) est encore là, même si la dette a été entièrement remboursée par le gouvernement d'Erdogan en 2013, ouvrant ainsi une nouvelle ère d'indépendance économique.

"Nous étions endettés mais Erdogan nous a extirpés de cette situation", renchérit Sukrut Kanucu, un autre habitant, assis dans un verdoyant parc du centre-ville de Konya.

Le chef local ou "mouhtar" d'un des quartiers de la ville, Ahmet Uney estime que "les choses fonctionnent mieux aujourd'hui en Turquie".

"Notre système de santé a changé, nos routes sont meilleures, nous produisons nos propres armes, plusieurs villes ont leurs propres aéroports", ajoute M. Uney, qui estime entre 700 et 800, le nombre de nouveaux résidents qui rejoignent chaque mois son quartier résidentiel.

- 'Coup de frein' -

Pourtant, la situation économique en Turquie n'est pas aussi rose aujourd'hui qu'avant le coup d'Etat, avec des baisses de la consommation des ménages et des investissements.

Les premiers indices statistiques publiés en Turquie montrent même un ralentissement: la croissance au deuxième trimestre s'établit à 3,1% en glissement annuel, contre 4,7% au premier trimestre.

"Une grande partie de la croissance provenait des dépenses publiques - +16% par rapport à l'an passé -" ; or, compte tenu des saisonnalités, elle pourrait désormais descendre "en-deçà de 3,1%", estime un économiste de la Standard Chartereed Bank basée à Londres, Philippe Dauba-Pantanacce.

Pour les économistes, le ralentissement va probablement être une source d'inquiétude pour les leaders de l'AKP, qui ont jusqu'à présent tiré profit de la rapide croissance qu'ont connue aussi bien les grandes villes turques que celles de l'Anatolie profonde.

Le Produit intérieur brut "par habitant a triplé au cours de la première décennie qui a suivi l'accession au pouvoir de l'AKP. L'urbanisation s'est très vite accélérée, une partie de la population est sortie de la pauvreté", selon M. Dauba-Pantanacce. "Mais depuis 2011 environ, les progrès marquent le pas et le modèle économique semble brisé."

raz-bat/ezz