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21/09/2016 08:02 EDT | Actualisé 22/09/2017 01:12 EDT

Rafale en Inde: des transferts de technologies qui peuvent aussi profiter à Dassault

La vente de 36 avions de combat Rafale à l'Inde est assortie de compensations industrielles ou '"offset", des transferts de technologies qui sont devenues incontournables dans les grands contrats à l'export et dont les industriels tentent eux aussi de tirer parti.

New Delhi a fait du "Make in India" le coeur de sa stratégie économique vis-à-vis de l'étranger, ce qui signifie que les contrats remportés par des groupes internationaux doivent être accompagnés de compensations industrielles.

Pour l'Inde, il s'agit d'acquérir des compétences qui manquent au pays. Cela peut passer par la construction d'usines sur place, des brevets ou la formation d'ingénieurs.

Pour l'industriel, l'enjeu est donc de transmettre suffisamment de savoir-faire pour gagner le contrat ou en susciter d'autres, tout en gardant une ou plusieurs longueurs d'avance dans son domaine de compétences.

Dans le cadre du contrat avec Dassault, le ministre indien de la Défense, Manohar Parrikar, avait expliqué en février que les deux parties s'étaient entendues sur le fait que la moitié du montant du contrat serait ré-investie sur le sol indien.

Si l'on tient compte du montant avancé par la presse indienne pour le contrat, cela représente environ 4 milliards d'euros. On n'en connaît pour l'heure ni le périmètre ni l'ampleur, mais Dassault peut aussi y trouver son compte.

Dans le cadre de l'appel d'offres initial remporté par le Rafale de Dassault en 2012 et abondonné depuis, 108 d'un total de 126 appareils devaient être assemblés sous licence en Inde par le groupe local HAL (Hindustan Aeronautics Ltd).

Les besoins cruciaux de l'armée de l'air indienne permettent à Dassault d'espérer un prolongement à cet appel d'offres tombé à l'eau, au-delà de la commande de 36 Rafale finalement décrochée par Dassault.

"L'armée de l'air indienne a de très lourds besoins de modernisation", a expliqué Corentin Brustlein, responsable des études de sécurité à l'IFRI (Institut français des relations internationales). Au-delà de la vente de ces 36 appareils, il y a la perspective d'un contrat encore plus dimensionnant qui ferait vivre Dassault pendant beaucoup plus d'années."

"L'ambition indienne de produire en local - particulièrement mise en exergue par le gouvernement actuel - et la disposition des industriels français à produire localement peut faciliter beaucoup de choses. Cela ouvre la voie à une coopération potentiellement extrêmement structurante pour les industries de défense des deux pays", a-t-il poursuivi.

- Compensations "incontournables" -

Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a clairement exprimé par le passé son ambition d'aller au-delà des 36 appareils commandés par l'Inde.

"Nous amorçons le processus industriel, avait-il affirmé. Nous avons un engagement fort au travers des +offset+ pour faire une politique de +Make in India+, c'est-à-dire de s'associer avec des partenaires industriels locaux pour développer l'industrie locale. Donc cela démarre avec le premier contrat pour 36 avions et nous l'espérons, cela pourra se poursuivre avec d'autres après."

Et si de tels transferts de technologies suscitent parfois des débats en France, ils sont aujourd'hui devenus incontournables. "Cela fait partie de la règle du jeu", concède un industriel de l'armement, qui veut conserver l'anonymat.

Car les compensations sont aussi devenues la norme dans d'autres secteurs: EDF et Areva ont conclu en 2012 un accord avec l'électricien nucléaire chinois CGN pour étudier la possibilité de développer pour le marché chinois et international un réacteur de moyenne puissance de troisième génération.

Dans l'automobile, PSA, Renault mais aussi Volkswagen, BMW ou Mercedes ont ouvert des usines en Chine et signé des accords de partenariats à 50/50 avec des sociétés chinoises, une condition sine qua non pour s'implanter dans le pays.

Dans la défense, les Américains Lockheed Martin et Boeing ont proposé d'installer des lignes d'assemblage en Inde ou au Brésil afin de promouvoir leurs F-16 et F/A-18, rivaux du Rafale.

En Inde, Dassault pourrait donc investir dans la fabrication d'une partie des pièces nécessaires à une commande supplémentaire de New Delhi, voire un nouveau contrat avec un pays tiers, alors que la Malaisie et l'Indonésie figurent parmi les Etats qui s'intéressent de près au Rafale.

dlm/fpo/ger