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21/09/2016 04:09 EDT | Actualisé 22/09/2017 01:12 EDT

Les municipales palestiniennes reportées à une date inconnue

Les premières élections programmées depuis dix ans en même temps dans les territoires palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza ont été officiellement reportées à une date inconnue, confirmant l'apparente incapacité des factions rivales à se réconcilier.

La commission en charge du scrutin a confirmé mardi que la consultation n'aurait pas lieu à la date prévue du 8 octobre.

Elle n'a pas annoncé de nouvelle échéance. Mais le Hamas au pouvoir à Gaza a considéré que cette décision revenait à l'annulation pure et simple du scrutin.

Les divisions inter-palestiniennes sont telles que la tenue de ces premières élections conjointes depuis 2006 n'a cessé d'être mise en doute.

La Cisjordanie et la bande de Gaza ne sont pas seulement séparées géographiquement par Israël, mais aussi politiquement par des années d'animosité entre le Fatah laïc, force palestinienne dominante dans la Cisjordanie sous occupation israélienne, et le Hamas islamiste, qui dirige sans partage Gaza soumise au blocus par Israël.

Le Hamas a remporté en 2006 les législatives, dernières élections à s'être tenues conjointement à Gaza et en Cisjordanie. Mais le groupe considéré comme "terroriste" par Israël, les Etats-Unis ou l'Union européenne a été privé de sa victoire. Il a pris le pouvoir à Gaza en 2007 au prix d'une quasi guerre civile avec le Fatah.

- 'plus d'élections' -

Depuis, l'Autorité palestinienne, entité intérimaire préfigurant un futur Etat indépendant et dominée par le Fatah, n'exerce plus son pouvoir, depuis Ramallah, que sur la Cisjordanie.

L'organisation de municipales dans ce contexte passait pour une gageure. Si elles avaient lieu, elles passeraient pour un important indicateur de la faculté des groupes palestiniens à surmonter leurs dissensions, et des rapports de force politiques.

Mais le fossé n'a cessé de se creuser, en commençant par l'invalidation par des tribunaux gazaouis de listes du Fatah dans l'enclave. Puis, le 8 septembre, la Cour suprême suspendait le processus électoral. Mercredi, elle a reporté sa décision jusqu'au 3 octobre sur les instances du magistrat représentant l'Autorité palestinienne, Naël al-Huwah, favorable au gel.

Ce dernier a invoqué le conflit de compétences entre Gaza et Ramallah. Les tribunaux de Gaza "sont présidés par des juges qui n'ont pas prêté serment devant le président" de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et ne sont pas donc "légitimes", a-t-il déclaré après l'audience.

Il fait aussi valoir que les élections ne pouvaient se dérouler à Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat mais où Israël, qui l'a annexée, interdit toute activité politique palestinienne.

"En l'état actuel, il n'y a plus d'élections. Il nous faut une nouvelle décision pour réparer les erreurs faites par le gouvernement", a ajouté M. al-Huwah.

- Le pari d'Abbas -

La commission électorale a aussitôt annoncé "la suspension de toute activité électorale jusqu'à ce que la Cour se prononce définitivement", et décidé que la date du 8 octobre n'était "plus valable".

Pour Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas, cette décision revient à "une annulation du processus électoral", qui relève d'une manoeuvre de la part du Fatah "visant à échapper aux élections".

Le président Abbas avait fait un pari: convoquer des élections en espérant qu'aucun front uni ne se présenterait face à son parti, comme cela avait été le cas aux municipales de 2012, souligne Xavier Guignard, spécialiste de la politique palestinienne.

Mais il a été pris en défaut par le Hamas, qui a décidé de soutenir des listes de technocrates dans toutes les circonscriptions, et celle des cinq partis de la gauche qui, fait rare, ont fait liste commune. Ensuite, "aucune des tactiques pour se prémunir d'une défaite n'a marché en amont des élections", selon lui.

L'incapacité des groupes palestiniens à présenter un front commun passe pour un obstacle majeur à un règlement du conflit israélo-palestinien. Une annulation des élections risque d'entamer encore davantage le crédit du président Abbas.

Sur la page Facebook de la commission électorale, le débat était vif entre partisans d'une annulation ou d'un maintien du scrutin. "Le président essaie d'échapper (aux élections) avec une décision de justice", accusait un internaute, Ayesh Abu Mayaleh. Un autre, Ahmed Assi, affirmait que "personne ne veut d'élections transparentes et libres, à Gaza comme en Cisjordanie".

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